Gbagbo contre Gbagbo:la guerre des noms et des nerfs

12 mois

Derrière la candidature de Simone Gbagbo se cache une lutte symbolique et politique contre Laurent Gbagbo. Entre alliances inattendues, rivalités familiales et querelles de légitimité, l’ancienne Première dame avance ses pions.

Le 8 septembre 2025, le Conseil constitutionnel ivoirien a refusé de se prononcer sur la demande du PPA-CI visant à interdire à Simone Ehivet l’usage du nom « Gbagbo » dans le cadre de sa campagne électorale. Le motif invoqué : l’incompétence de l’institution en matière d’état civil.

Cette décision, qui peut sembler strictement juridique, révèle en réalité un flottement institutionnel à la croisée du droit civil, du droit électoral et de la stratégie politique.

En Côte d’Ivoire, le nom d’usage d’un citoyen est régi par le Code civil. Après un divorce, l’usage du nom de l’ex-époux ou épouse peut être maintenu, mais uniquement sur autorisation judiciaire expresse. À ce jour, aucune décision ne semble avoir autorisé Simone Ehivet à continuer légalement d’utiliser le nom « Gbagbo ».

Or, le Conseil constitutionnel, chargé du contentieux électoral, a estimé que cette question relevait du juge civil et non de sa compétence. Résultat : aucune institution ne se prononce, laissant ainsi la candidate libre d’utiliser un nom qui, juridiquement, pourrait être contestable.

 Un usage politique lourd de sens

Au-delà de la légalité, l’enjeu est électoral et symbolique. En conservant le nom « Gbagbo », Simone Ehivet capitalise sur une notoriété historique et sur la confusion possible avec son ex-mari, fondateur du PPA-CI.

Dans un contexte où la bataille de l’électorat se joue aussi sur les symboles, ce choix apparaît comme une stratégie d’appropriation politique d’un capital électoral partagé. C’est ce que dénonce l’avocate de Laurent Gbagbo, Me Habiba Touré, qui s’indigne de la « confusion intentionnelle » créée auprès des électeurs.

Des précédents électoraux qui alimentent les tensions

L’affaire n’est pas isolée. Déjà lors des municipales de 2023 à Yopougon, Simone Gbagbo aurait soutenu indirectement Dia Houphouët, sa fille, contre Michel Gbagbo, candidat du PPA-CI. À Abobo, elle avait aussi appuyé Tehfour Koné, aux côtés de Marie-Laurence Gbagbo, l’une des jumelles de Laurent Gbagbo.

Ces positionnements révèlent une logique politique de dissidence frontale vis-à-vis de la structure dirigée par son ex-époux. Ils nourrissent la perception selon laquelle Simone Gbagbo mène un combat parallèle pour peser sur la scène politique, quitte à brouiller les repères traditionnels des électeurs.

Quelles conséquences pour la suite ?

D’un point de vue juridique, le flou demeure. Sauf saisine du juge civil, aucune décision ne viendra encadrer l’usage du nom « Gbagbo » par Simone Ehivet. D’un point de vue électoral, elle pourra donc continuer à se présenter ainsi, capitalisant sur son image d’ancienne Première dame.

Reste à savoir si cette stratégie sera payante dans les urnes, ou si elle suscitera un rejet de la part d’un électorat lassé des divisions internes à l’opposition.

JULIEN BOUABRE

photo:dr

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