Ils fuyaient la guerre, ils ont trouvé pire. 63 morts. Civils, soldats. Encore une ville dévorée par les flammes. Ils sont arrivés par dizaines, surgissant du noir, moteurs rugissants, fusils levés, gueules ouvertes de cris.
Rien ne les arrêtait.
Les premières balles n’ont pas visé. Elles ont frappé au hasard, comme pour annoncer que personne ne serait épargné.
La nuit a hurlé. Les enfants pleuraient. Les femmes couraient. Les hommes tombaient. La peur se répandait plus vite que le feu.
Les motos tournaient en rond dans les ruelles. Les assaillants tiraient sur tout ce qui vivait, sur tout ce qui bougeait.
Darul Jamal est devenue un piège. Une souricière sans issue. Une ville prise au piège entre promesse et abandon.
Les maisons brûlaient. Les toits s’effondraient. Le ciel s’illuminait d’une lueur rouge. Pas une aurore, mais un incendie.
Quand les survivants sont revenus, au matin, il ne restait que des cendres, des silences, et des corps alignés.
Des mères pleuraient leurs enfants. Des pères creusaient des tombes. Une femme posait une couverture sur son frère défiguré.
Le gouverneur de l’État de Borno a parlé. Il a dit : 63 morts. Il a dit : civils et militaires.
Parmi eux, cinq soldats. Cinq hommes en uniforme, abattus dans leur propre base, incapables de défendre même leurs murs.
Les victimes venaient d’un camp de déplacés à Bama, récemment fermé.
Leur seul crime : avoir cru au retour. Avoir espéré reconstruire une vie là où la guerre ne cesse jamais.
L’armée a répondu. Elle dit avoir tué une trentaine de terroristes. Mais après. Toujours après.
L’attaque aurait été menée par Ali Ngulde, un commandant de Boko Haram. La terre sait son nom, le sang aussi.
La ville porte encore son empreinte. Chaque mur criblé, chaque porte éventrée, chaque silence prolongé : tout dit qu’il reviendra.
Depuis 2009, plus de 40 000 morts. Deux millions d’âmes déplacées. Un pays écorché, qui apprend à vivre sans paix.
Boko Haram, puis l’État islamique en Afrique de l’Ouest. Les noms changent, la mort reste fidèle.
FATEM CAMARA (stagiaire)& AK
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

