Face aux violences foncières au Ghana, des milliers d’âmes errantes franchissent la frontière ivoirienne. Dans les villages du Bounkani, la solidarité locale s’organise.
Mais derrière les dons, une réalité plus profonde interroge : comment nos sociétés gèrent-elles les racines arrachées et les frontières dessinées à la règle coloniale ? Réécriture intégrale, avec un regard humaniste et une forme délibérément transformée.
Des cris ont traversé la brousse, et c’est le sol ivoirien qui les a reçus sans poser de questions.
Le 17 août 2025, la frontière s’est muée en passage de détresse, emportant plus de 3 000 êtres vers Vonkoro.
Ils n’apportaient ni valises, ni papiers, seulement leurs pas fatigués et leurs récits d’un Ghana devenu trop dangereux.
Dans les villages frontaliers, on n’a pas attendu la télévision pour comprendre qu’on ne repousse pas un homme affamé.
À Bouna, le maire Brahima Ouattara ne s’est pas fait annoncer : il est venu avec des vivres, pas des discours.
Deux tonnes de nourriture, des savons, des seaux : un geste logistique, mais surtout un langage d’humanité sans filtre diplomatique.
« C’est notre devoir », a-t-il soufflé, non en héros mais en écho d’un principe ancien : accueillir celui qui frappe.
Autour de lui, le sous-préfet et les notables ont compris que l’urgence n’attend ni décret ni sommet international.
Le gouvernement ivoirien, sous Alassane Ouattara, a promis un accompagnement ; les villages, eux, ont commencé sans budget ni slogan.
Les autorités coutumières, oubliées des protocoles, ont été les premières à donner : l’hospitalité, chez nous, n’a pas besoin d’invitation.
Koffi Apollinaire, sous-préfet de Bouna, parle d’un défi immense : loger, nourrir, sécuriser des milliers d’existences en transit incertain.
Le roi de Bouna, la ministre Nialé Kaba, et le président régional Philippe Hien se sont joints à l’effort communautaire.
Mais ici, on le sait : l’arbre de la solidarité ne suffira pas s’il ne pousse pas dans un sol politique.
Zinon Honda, président des jeunes, raconte des violences au Ghana : des terres disputées, des maisons brûlées, des vies interrompues brutalement.
Il affirme que des réfugiés ont été pourchassés, blessés, parfois tués : le sol les rejette, l’exil les redéfinit.
Vonkoro devient une halte de souffrance, une balise improvisée dans un monde où la terre vaut plus qu’un homme.
Les dons s’additionnent, mais les besoins restent abyssaux : dormir, manger, être soigné, exister dans un espace qui n’est pas sien.
La diplomatie promet un retour pacifique, mais nul ne sait quand ni comment on répare les blessures d’un déracinement brutal.
Pour l’instant, on bâtit l’urgence sur les épaules de villages oubliés, qui connaissent pourtant la vraie grammaire de la solidarité.
ETHAN GNOGBO & FATEM CAMARA (stagiaire)
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

