Côte d’Ivoire: la parole publique, tout le monde parle personne n’écoute

8 mois

Dans un contexte ivoirien marqué par le doute et la désillusion, la parole publique semble vidée de sa force créatrice.
Elle rassure de moins en moins, se confond avec la ruse, et ne féconde plus.

Pourtant, toute société vivante repose sur elle.
Alors : à quoi sert la parole si elle ne porte plus, ne rassemble plus et n’incarne plus aucune vérité ?

La parole politique aujourd’hui ne crée plus de confiance, ni de lien : elle rassure peu et mobilise encore moins les consciences.

Quand quelqu’un dit « je suis candidat », à qui parle-t-il vraiment ? À qui est destinée cette déclaration ? A qui quand ils sont plus de 44 candidats?

Une parole, si elle est bonne, doit féconder quelque chose. Elle ne peut rester stérile ou simplement stratégique sans conséquence humaine.

Quand le tout puissant parle, c’est pour redresser, pour mettre debout. Sa parole agit, éclaire, transforme et élève les cœurs disponibles.

Tout le monde appelle la parole, la réclame. Mais qui la bloque, la détourne ou l’enterre avant qu’elle n’agisse vraiment ?

Peut-on encore se parler en Côte d’Ivoire sans arrière-pensée, sans masque ni double discours ? Cela devient une urgence collective.

La parole donne la vie. Elle relie les êtres. Une parole juste peut apaiser les douleurs et ouvrir des horizons d’espoir.

Une parole de guerre détruit tout. Elle fracture, exclut, éloigne. Elle fabrique des ennemis et fait reculer les possibles.

Il n’existe aujourd’hui personne dont la parole soit capable d’unir sans être aussitôt contestée, ridiculisée ou rejetée. Par un autre groupe.

Nous n’avons plus de référence morale claire, audible. L’autorité est floue, et la parole flotte dans un vide de légitimité.

Une vraie parole crée son interlocuteur. Elle appelle une réponse. Elle suppose un lien, même fragile, mais au moins sincère.

La parole n’est pas faite pour manipuler. Elle doit susciter, rassembler, élever. Sinon, elle trahit sa propre vocation première.

Quand la parole est fausse, elle n’a aucun effet durable. Elle laisse un vide, une méfiance, une fatigue démocratique inquiétante.

Quand elle vient d’un cœur purifié, une parole féconde. Elle guérit, répare, donne naissance à quelque chose de plus grand que soi.

Mais aujourd’hui, la parole semble prise dans la ruse. On la détourne pour le foncier, les marchés, les nominations ou les deals.

La population perçoit cette ruse. Même silencieuse, elle comprend. Et elle se retire, se méfie, se désengage lentement.

Le niveau de décrochage entre la parole publique et la réalité populaire est devenu très inquiétant, voire irréversible.

On n’écoute même plus les prophètes. On les soupçonne, on les marginalise, on les taxe de fous ou de dérangeants.

Celui qui parle au nom du tout puissant n’est plus reconnu comme tel. On veut la bénédiction, pas le message profond qu’elle porte.

La Côte d’Ivoire n’a plus de mémoire collective unifiée. Même Houphouët-Boigny est démystifié, oublié, et rarement enseigné sérieusement.

Aujourd’hui, c’est le pays qui doit au peuple. Pas l’inverse. Y compris aux étrangers qui vivent et travaillent ici.

JEAN-PIERRE Droh Kéi

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

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