Depuis San Pedro, les gardiens de la tradition mandingue, les Dozo, lancent un appel solennel à l’unité, à la mémoire et à la réconciliation, à l’orée d’une élection présidentielle décisive pour la Côte d’Ivoire.
San Pedro. Hier 23 août 2025. Dans l’ombre bienveillante des forêts du sud-ouest ivoirien, plus de mille membres de la confrérie des Dozo, héritiers d’un ancien ordre de sages et de chasseurs, se sont rassemblés.
Cette rencontre qu’ initie le CODOCI (Confrérie des Dozo de Côte d’Ivoire), c’est Touré Moussa, ancien marin et homme de tradition qui la conduit. Elle avait un but clair : rappeler au pays leur rôle historique de gardiens de la paix, à l’approche de l’élection présidentielle de 2025.
Raviver les flammes d’une sagesse ancienne
À l’origine, les Dozo n’étaient pas de simples chasseurs. Ils formaient une confrérie initiatique. Confrérie dépositaire des savoirs du monde naturel, des codes de justice ancestraux et des rites de protection spirituelle.
Sur les terres du Mandé, leurs pas faisaient autorité. Faiseurs de paix, guérisseurs par les plantes, médiateurs des conflits, ils étaient les piliers invisibles de l’ordre social. Traversant les frontières du Mali, de la Côte d’Ivoire, du Guinée, du Burkina Faso, du Sierra Leone et du Liberia.
Mais les vents sombres de la guerre et des conflits ont ébranlé cette figure de sagesse.
Les crises régionales, les ambitions de certains leaders politiques, la confusion des rôles : tout cela a contribué à ternir l’image des Dozo.
On les a accusés de dérives, parfois d’exactions. Devenant malgré eux des acteurs de troubles là où ils étaient autrefois médiateurs.
Vers une réhabilitation éthique et politique
C’est pour conjurer ces dérives, mais surtout restaurer une conscience collective de leur mission spirituelle, qu’on a convoqué cette assemblée.
Durant deux jours, les chefs Dozo venus de Man, Soubré, Mayo, San Pedro et d’autres contrées ont dialogué à cœur ouvert.
Dans la nuit du 23 au 24 août, un franc ouvert, moment rituel sacré, a permis aux chefs de confréries d’exprimer leurs doléances.
Ils ont dénoncé la lenteur dans la coordination des actions, l’oubli des promesses faites. Et aussi les rendez-vous manqués dans la redynamisation du mouvement.
En réponse, Touré Moussa a reconnu les manquements. Il a promis plus de rigueur, un recentrage sur les valeurs et un agenda renouvelé.
Il a surtout annoncé une grande assemblée nationale des Dozo à Abidjan en 2026. Visant à inscrire leur rôle dans le pacte républicain, au service de la paix durable.
L’appel des racines dans un temps incertain
À l’heure où la Côte d’Ivoire s’apprête à vivre une nouvelle échéance présidentielle, la parole des Dozo est précieuse.
Elle renoue le fil entre tradition et modernité, mémoire et responsabilité, terre et institution.
Plus qu’un folklore ou une survivance, le Dozoya est une conscience ancienne. Capable de rappeler aux peuples et aux dirigeants qu’on ne construit pas l’avenir en trahissant les fondations de la communauté.
Depuis San Pedro, le message est clair : la paix n’est pas un slogan politique. Elle est une discipline, une ascèse, une transmission.
Et dans ce rôle, les Dozo veulent, à nouveau, être les veilleurs dans la nuit.
Silué Issa
Correspondance particulière, San Pedro
POUVOIRS MAGAZINE
