À deux mois de l’élection, certains candidats issus de scissions politiques semblent encore confondre dénonciation passée et stratégie d’avenir.
Quitter un parti n’est pas une victoire ; c’est un point de départ vers un nouveau projet à construire — non un lieu d’éternelle justification.
Valérie Yapo donne encore l’impression de rejouer la même scène : celle du dénigrement de ses anciens partenaires politiques.
Le problème, ce n’est pas de critiquer un système. C’est de continuer à le faire après l’avoir quitté, sans projet clair.
Tirer sur les ambulances n’a jamais fait gagner une présidentielle. Don Melo, lui, du côté du PPa-Ci a choisi de se taire. C’est stratégique.
La question est simple : quelle est la stratégie de Valérie Yapo ? Et au fond, que fait réellement son clan aujourd’hui ?
Le parrainage reste la première urgence. C’est maintenant que se gagne cette bataille, pas dans deux semaines ni après.
Ce n’est plus le moment de raconter l’histoire des grands-pères ou de justifier les raisons d’un départ du PDCI.
Quitter un parti, c’est un pas. Mais ce pas ne compte que si l’on sait où l’on va, et comment y arriver.
Il faut cesser de parler du passé et expliquer ce qu’on compte faire pour prendre le pouvoir.
Tout simplement.
Quand on sort d’une machine politique, il faut remonter une pente rude. Se plaindre ne sert à rien à ce stade.
Billon, lui, fait peu, mais il fait. Même devant trois personnes, il tient un discours, malgré des maladresses évidentes.
L’ombre de Thiam le hante, certes, mais il avance. Il trace, il agit, il assume une posture de candidat.
Dans ce PDCI bousculé, une petite équipe s’est déjà formée autour de lui.
Mais même entre eux, les dissidents peinent à s’entendre. Les sous réunions sont tendues, les orientations floues, les egos trop présents. Surtout depuis être sortis de l’anonymat et sollicités par les médias.
Certains chuchotent des critiques, d’autres lèvent à peine la tête. Le message ne passe plus, ou il se brouille entre clans.
À force de murmurer leurs stratégies sans écoute réelle, ils finissent par parler seuls, sans oreille pour les entendre.
Cette dissonance interne (sur laquelle nous reviendrons) les isole davantage, à un moment où l’unité aurait dû être leur premier levier de crédibilité.
En Côte d’Ivoire on dit : « derrière palabre, il y a palabre ».
Il ne suffit pas de quitter une formation politique pour exister. Il faut construire une base, un langage, une vision.
La campagne ne pardonnera pas les retards. Elle appartient à ceux qui ont une stratégie, pas ceux qui ruminent des regrets.
Aujourd’hui, à deux mois du scrutin, le moment n’est plus aux règlements de comptes. Il est à l’action visible et concrète.
FATEM CAMARA
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

