« Un fils qu’on attend beaucoup, on lui demande encore plus. » Mais à ce jeu, au PDCI, la loyauté s’est transformée en théâtre d’ombres, où chacun joue son rôle.
Non pas pour élever le parti, mais pour se mettre en scène — à coups de confidences voilées, de rancunes personnelles, et d’attaques à peine masquées.
Valérie Yapo, militante chevronnée du PDCI-RDA de longue date, incarne cette dérive. Elle se présente comme la gardienne fidèle d’un héritage, comme une loyale irréprochable voire vertueuse.A l’entendre, si elle n’avait pas la bouche close, sa langue n’était qu’élogieuse pendant vingt ans, à l’égard du président Bédié. D’autres, en revanche, excellaient dans les critiques acerbes contre le Sphinx de Daoukro qu’elle adulait du fait qu’elle lui vouait une soumission absolue. Mais ses récentes déclarations ressemblent moins à un hommage à feu Bédié qu’à un procès à charge contre Tidjane Thiam. C’est bien à une joute théâtrale qu’on assiste. Elle évoque un coup de fil jamais décroché entre 1999 et 2020, comme si un silence valait disqualification politique. Mais à force d’étaler les non-dits comme des preuves, on perd le sens des priorités.
Surtout, on oublie que la distance entre Bédié et Thiam n’a pas été à sens unique. Peut-être était-elle imposée par le patriarche lui-même, ou dictée par des logiques d’époque. Ce qui est sûr, c’est que cette guerre froide ressuscitée aujourd’hui n’aide en rien un parti qui peine déjà à se projeter. Et qui doit déposer sa candidature dimanche.
Le PDCI se fragilise par le bas
Le problème n’est pas que l’on débatte de loyauté. Le problème, c’est le niveau de ce débat.
Pendant que le RHDP déroule sa stratégie d’État et que Gbagbo, affaibli mais stratégique, récupère du terrain, le PDCI semble bloqué dans un règlement de comptes interne. L’on y parle davantage d’héritage que de projet. À Abidjan, Bouaké ou Daoukro, la base militante se perd entre anciens réseaux, nouveaux arrivants, et méfiance chronique.
Pendant ce temps, des cadres comme Ahoussou Jeannot, Sindou, Kobenan Adjoumani, Patrick Achi ou KKB, jadis nourris au sein du parti, ont rallié l’adversaire sans retour. Ils ont pendant longtemps été en froid avec Bédié. Même Jean Louis Billon que Yapo accompagne déposer sa candidature a été en froid avec Bédié. A maintes reprises. Pourquoi ne sont-ils jamais publiquement interrogés avec autant de sévérité que Thiam ?
Est-ce parce que la scène politique du PDCI est devenue un théâtre fermé. Où l’on règle des affaires personnelles sous couvert de fidélité au “vieux” ?
Des mots, pas de projet
Le fond du débat est absent. Où est la réflexion sur la liste électorale, l’éducation, la santé, la décentralisation, la transition énergétique ou le rééquilibrage économique régional ? Tout se passe comme si le PDCI, vidé de colonne vertébrale idéologique, ne savait plus parler que de ses blessures.
Or, un parti qui vit dans le passé se condamne à l’opposition éternelle.
À trop évoquer les silences d’hier, on tait les urgences d’aujourd’hui.
Le PDCI peut encore exister dans l’avenir — mais pas s’il continue de se dissoudre dans les querelles de succession et les confessions radio-guidées.
La scène politique n’est pas un salon de famille, ni un cercle de regrets. C’est un espace de décision, d’engagement, et d’action collective.
Il est temps d’en sortir. Parce que le pays, lui, n’attendra pas indéfiniment.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

