19 août: Jimmy, un puissant symbole de la musique ivoirienne enracinée

8 mois

Gnahoré Jimmy, 29 ans après : la mémoire d’un feu sacré éteint trop tôt

Il est mort un 19 août, à 38 ans, après huit albums fulgurants et des centaines de concerts inoubliables. L’icône du Polihet, Jimmy Gnahoré, continue de vibrer dans la mémoire musicale ivoirienne.

Aujourd’hui, 19 août 2025, cela fait vingt-neuf ans que Gnahoré Jimmy a quitté ce monde, à seulement 38 ans.
Né en 1958 à Labazubia, dans le département d’Issia, il incarnera une révolution musicale enracinée et fièrement identitaire.
Surnommé « Doblé », il enflamme les nuits d’Abidjan avec son art viscéral, nourri de rythmes ancestraux et urbains.
Il découvre le Polihet en 1988, une danse traditionnelle du pays Nyabwa, qu’il réinvente et propulse sur les scènes urbaines.
Loin de copier les tendances modernes, il abandonne les sons électroniques pour explorer les forces brutes de la culture locale.


En 1989, entouré d’Arsène Douoh et Martin Lago, il façonne un Polihet moderne, énergique et théâtral, populaire en ville.
À Yopougon, au Bar Étoile devenu « temple du Polihet », il performe presque chaque soir pendant plus d’une décennie.
En huit années intenses, il réalise huit albums marquants, chacun ancré dans la douleur, l’amour, la mort et la paix.
Sa voix, grave et pénétrante, pleurait, parlait, chantait ; elle hypnotisait, dénonçait, consolait – une arme et un refuge.


Critiqué pour animer des funérailles, accusé d’être initié, il répondra dans Azigbo : « Je tiens mon art de mes aïeux ».


Son père Zounougbo Alphonse et son oncle Srolou Gabriel, inventeur du Tohourou, lui transmettent une fibre musicale inaltérable.
L’univers qu’il crée avec le Polihet devient une réponse culturelle puissante à l’usure de l’urbanité et des repères modernes.
Chaque concert était un rituel : chaleur, sueur, transe, communion. Il ne chantait pas, il exorcisait les douleurs sociales.


Jimmy est une étoile filante : huit albums en huit ans, et une scène occupée chaque nuit comme un sacerdoce.
Il décède le 19 août 1996 d’une longue maladie, laissant derrière lui un vide immense dans la musique ivoirienne.
Depuis sa mort, aucun artiste ne porte véritablement l’héritage du Polihet, désormais en sommeil dans la mémoire collective.
Une controverse subsiste encore sur la paternité du genre, certains l’attribuant à Nahounou Paulin, autre voix nyabwa.


Mais pour beaucoup, Jimmy demeure l’âme même du Polihet – sa version dansée, contée, éprouvée, sublimée.
En 2016, son frère Camille organise une série de spectacles pour raviver la mémoire de l’artiste et de son art.
Vingt-neuf ans plus tard, Jimmy Gnahoré reste l’un des plus puissants symboles d’une musique ivoirienne enracinée et visionnaire.

HARON LESLIE

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE