Décédé le 8 juillet 2025, Maître Kouassi Alain Martin laisse derrière lui une œuvre notariée dense, des écrits empreints de rigueur, et l’image d’un homme profondément humain.
Ancien footballeur devenu notaire de renom, il fut aussi un patriarche respecté, un défenseur farouche de sa profession, et un homme de convictions, épris de justice et de liberté.
Il fut de ceux que l’on qualifie de sages, non parce qu’ils parlent peu. Mais parce qu’ils parlent vrai, toujours avec courage.
Maître Kouassi Alain Martin a exercé pendant 41 ans le métier de notaire, un art qu’il considérait comme un engagement de rigueur et d’honnêteté.
Ancien sportif, il a porté les couleurs de l’Africa Sports. Avant d’enfiler la toge notariale, avec la même passion et une discipline inébranlable.
Son étude, située Rue Noguès, au Plateau, fut pendant des décennies un lieu de résolution, de médiation, de savoir et de discrétion.
Il n’était pas le plus connu des notaires de sa génération, et pour cause : il s’était volontairement éloigné de la lumière et des cercles.
Mais pour ceux qui le connaissaient, Maître Kouassi était une voix franche, libre, tranchante parfois. Mais jamais injuste ou déloyale.
Il n’a jamais craint de dénoncer ce qu’il appelait les « prédateurs professionnels », ceux qui convoitaient et dénaturaient son métier.
Durant sa longue carrière, il a réglé nombre de différends internes. Avec patience, autorité morale, et un profond respect de ses pairs.
Il connaissait les temps troubles. 1963. Arrêté injustement dans les années complots du Président Félix Houphouet-Boigny, il avait gardé de cette épreuve une vigilance constante face aux abus.
Ses écrits, comme ses actes notariés, témoignent d’un homme de lettres, de loi, et de lucidité, dont la rigueur ne souffrait aucune exception.
Humaniste discret, il transmit son savoir avec humilité. Allant jusqu’à passer le flambeau à l’un de ses stagiaires, formé avec exigence.
Mais au-delà du notaire, il y avait le patriarche : oncles, neveux, petits-enfants, arrière-neveux entouraient ce cœur généreux.
Nombre d’entre eux se disputaient ses bontés, preuves vivantes de cette bienveillance sans calcul qui faisait partie de son ADN.
Il avait un attachement indéfectible pour son ami, le Dr Zunon Kipré, disparu avant lui le 17 août 2023. Me Kouassi le considérait comme un frère d’âme.
Ils étaient deux. Deux voix de l’Ouest. Bété de Gagnoa Bahompa sous préfecture de Ouragahio et Bété de Sapia (Daloa). Kouassi et Zunon Kipré.
Notaire. Médecin. Frères de vie. Frères de terrain. D’honneur.
Ils se sont connus en France. Ballon au pied. Les études en mains. Cœur ouvert. Destins noués sur un stade, pas dans un bureau.
Pas besoin de grands discours. Ils se comprenaient d’un regard. D’un silence.
L’un tenait la plume, l’autre le bistouri. Ensemble, ils réparaient ce que la société abîme.
Zunon est parti en août 2023. Kouassi l’a suivi en juillet 2025. Deux ans. Deux mois d’écart.
Mais la fraternité, elle, ne connaît pas la tombe. Elle continue de claquer. Comme une vérité qui fait.
Ils sont partis, oui. Mais ensemble, toujours.
Kouassi a désormais rejoint cet ami très cher, dans la paix des justes. Laissant derrière lui un monde qui se souvient et s’incline.
Marié à Josette Caiveau, une Française qu’il aimait tendrement, il fut père de Camille, Vincent et Muriel, ses trois enfants.
Le samedi 26 juillet 2025, la Salle Félix Houphouët-Boigny d’Ivosep a accueilli du monde pour lui dire un dernier au revoir. Kuyo Téa Narcisse, Président de l’Africa Sports. Et de nombreux notaires sont venus saluer une figure de leur chambre et du droit ivoirien.
Maître Fodjo Kadjo inspecteur judiciaire et écrivain, chef traditionnel. Il s’est levé.
Il a tendu à la famille via Muriel, un drapeau. Orange blanc vert. Le drapeau ivoirien. Geste fort. Silence dense.
Ce drapeau plié, symbole de reconnaissance officielle, a touché les cœurs.
C’était plus qu’un hommage. C’était un sceau. Celui d’un homme d’État sans ministère.
Maître Kouassi n’a pas fait de bruit. Mais il a fait du bien.
Les hommages furent unanimes : tous les confrères ont salué un homme juste, un pilier discret, une mémoire vivante de leur profession.
Sa veuve, Madame Josette Caiveau, devenue veuve Kouassi, était présente. Entourée de son amie depuis plus d’un demi siècle, Viviane Amblard devenue Mme Zunon Kipré. Entourée aussi de sa famille endeuillée mais fière de son héritage.
Il laisse derrière lui des stagiaires, des actes, des textes. Mais surtout, une manière d’être notaire : avec intégrité, dignité et fidélité.
Son nom restera inscrit, bien au-delà de l’immeuble Baraderi Loustallo, dans la mémoire des justes et des professionnels intègres.
Maître Kouassi Alain Martin ne disparaît pas : il demeure dans chaque souvenir, chaque valeur transmise, chaque pas qu’il a ouvert.
ALEX KIPRE
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

