Footballeur formé à l’Ivoire Académie, Ibrahim Cissé aurait pu faire carrière sur les pelouses. Mais c’est avec une tondeuse à la main qu’il s’est imposé, de Paris à Ouagadougou, comme coiffeur des stars et ambassadeur de la créativité africaine.
Fondateur du Festival Barber Shop à Abobo et invité des 10 ans du Gala Be Free Fashion au Burkina Faso, il incarne cette génération d’artisans visionnaires, fiers de leurs racines et tournés vers l’avenir. Rencontre avec un touche-à-tout inspirant, pour qui la coiffure est un art, un lien social et un acte de fierté.
Pouvoirs Magazine : Ibrahim, vous êtes passé du football à la coiffure, puis à la mode. Racontez-nous : comment tout cela a commencé ?
Ibrahim Cissé :
Tout a commencé à Abidjan. J’étais un gamin passionné de ballon rond. J’ai eu la chance d’être formé à l’Ivoire Académie, un centre réputé pour sa rigueur et sa qualité. J’ai longtemps cru que mon avenir était tout tracé dans le foot. Mais la vie, parfois, vous emmène ailleurs. En arrivant à Paris, j’ai dû m’adapter. Et c’est là que j’ai redécouvert une autre passion : la coiffure.
Vous êtes aujourd’hui connu comme le coiffeur des Étalons du Burkina Faso. Comment cela s’est-il fait ?
Ibrahim Cissé :
Un peu par hasard, un peu par flair. Je coiffais dans un salon à Paris, et un jour, un joueur burkinabè est passé. Le bouche-à-oreille a fait le reste. Rapidement, plusieurs internationaux burkinabè m’ont sollicité. Être leur coiffeur, ce n’est pas seulement faire des coupes stylées, c’est aussi créer du lien, écouter, motiver. Une coupe peut redonner confiance avant un match. Je suis fier d’être devenu un repère pour eux.
Vous venez de rentrer du Burkina Faso, où vous étiez invité comme coiffeur et mannequin pour les 10 ans du gala Be Free Fashion. Vous y avez eu un prix ?
Ibrahim Cissé :
C’était incroyable ! Une vraie vitrine pour la mode africaine. Être invité en tant que coiffeur mannequin, c’est une reconnaissance de tout ce que je construis depuis des années. Je ne suis pas un mannequin au sens classique, mais j’incarne un style, une attitude. Participer à un tel événement et obtenir un prix c’est montrer qu’on peut porter la créativité africaine haut. Même avec une tondeuse à la main !
Vous êtes aussi le fondateur du Festival Barber Shop à Abobo. D’où est venue cette idée ?
Ibrahim Cissé :
Je voulais rendre à Abobo ce qu’elle m’a donné. Le Festival Barber Shop, c’est bien plus qu’un événement de coiffure : c’est un lieu de transmission, de valorisation des métiers manuels, de fierté locale. On y trouve des battles de barbiers, des démonstrations, de la musique, des conférences. C’est un festival de quartier, mais avec une ambition continentale.
Votre parcours inspire de nombreux jeunes. Quel message leur adressez-vous ?
Ibrahim Cissé :
Osez ! N’ayez pas peur de bifurquer, d’échouer, de recommencer. Moi, j’ai changé de terrain, mais pas de rêve : je voulais briller, être utile, laisser une trace. Aujourd’hui, je le fais avec des ciseaux et de l’énergie. Aucun métier n’est petit. Ce qui compte, c’est ce que vous en faites.
Vous vivez entre Abidjan, Paris et Ouagadougou. Que représente l’Afrique pour vous ?
Ibrahim Cissé :
L’Afrique, c’est mon ancrage et mon horizon. Elle a des talents immenses, des ressources incroyables, mais elle manque souvent de valorisation. Moi, je veux faire partie de ceux qui révèlent cette richesse. Que ce soit dans un salon, sur un podium ou dans une rue d’Abobo, je porte l’Afrique avec style et fierté.
Quels sont vos projets à venir ?
Ibrahim Cissé :
Je prépare une édition panafricaine du Festival Barber Shop, avec des étapes dans plusieurs capitales. Je veux aussi lancer une ligne de produits capillaires naturels, conçus ici, avec des ingrédients d’Afrique. Et pourquoi pas un documentaire sur la coiffure urbaine africaine ? L’histoire ne fait que commencer.
En trois mots, comment vous définiriez-vous aujourd’hui ?
Ibrahim Cissé :
Créatif. Résilient. Fier.
Si vous deviez rêver l’Afrique de demain, elle serait… ?
Ibrahim Cissé :
Libre. Audacieuse. Et debout.
Propos recueillis par la rédaction
photo:dr
Pouvoirs Magazine
« Du foot à la mode, en passant par le salon, Ibrahim Cissé n’a jamais cessé de tracer sa voie. Un modèle d’adaptabilité et d’audace pour une jeunesse ivoirienne en quête de sens. »

