Présidentielle de la FIF 2026 : Le football ivoirien rejoue une partie trop politique

11 mois

Entre ambitions sportives, rivalités de clans et calculs électoraux, la Fédération ivoirienne de football redevient un miroir du pouvoir.

Avril 2026 s’annonce sous tension, dans un contexte où le président Ouattara reste l’arbitre ultime des équilibres institutionnels.
La prochaine Coupe d’Afrique au Maroc sera une épreuve décisive, catalyseur des tensions, révélateur des forces et fragilités internes.
Si la Côte d’Ivoire conserve son titre, Idriss Diallo s’offrira un sursis politique, malgré les critiques et les soupçons.
Une victoire donnerait au pouvoir un prétexte de stabilité, une légitimation symbolique utile dans un contexte électoral fortement polarisé.
Mais en cas d’échec, les fractures actuelles s’élargiraient, offrant aux opposants l’opportunité d’accélérer la chute d’une gouvernance déjà contestée.
Le sort du président de la FIF est suspendu à un ballon rond, devenu enjeu stratégique dans l’arène nationale.
La CAN 2025, au-delà du sport, décidera du sort d’un homme devenu symbole d’un système en perte de crédit.

Depuis vingt ans, chaque chef d’État a placé son homme à la tête de la maison du football national.
Sous Gbagbo, Jacques Anouma cumulait la présidence de la FIF et un rôle officieux d’ordonnateur politique au sein de la LMP.
Sidy Diallo, sous Ouattara, affichait sa proximité familiale avec le président, gérant la FIF en confiance et dans l’ombre du pouvoir.
Idriss Diallo, élu presque par accident, s’est imposé face à Didier Drogba, plombé par son isolement et son impréparation.

Mais ce n’est pas si simple. Didier Drogba a payé le prix fort de son erreur stratégique en allant annoncer sa candidature au président, donc au sommet du politique Ouattara. Ce dernier, percevant la maladresse de la démarche, l’a poliment écarté en le renvoyant vers Sidy Diallo, président en exercice à l’époque.

Une manière élégante mais claire de signifier qu’il ne soutiendrait pas sa démarche.


Celui qui devait régner, Malick Toé, était trop lié à Guillaume Soro pour survivre à la chute de son parrain politique.
Sory Diabaté, figure montante de l’époque, a lui aussi payé cash la mort prématurée et subite de son mentor Amadou Gon Coulibaly.
Idriss Diallo a su capter les réseaux d’Hamed Bakayoko lui aussi tôt disparu. Mais sa légitimité reste fragile malgré la victoire ivoirienne à domicile.
Hué au stade par une foule méfiante, le président actuel incarne un pouvoir opaque, coupé du football local et amateur.
Le malaise grandit dans les ligues régionales, souvent négligées, et les clubs peinent à trouver un interlocuteur crédible au sein de la fédération.
Pendant ce temps, la FIF est secouée par de graves accusations de trucage de matchs liés aux paris en ligne illégaux.

Lors de la dernière assemblée générale, Idriss Diallo a reconnu l’existence d’un système de manipulations internes liées aux plateformes de jeux.
Plusieurs dirigeants de clubs évoquent un réseau impliquant joueurs, officiels et membres proches de la direction fédérale.
Le blocage récent de paris par la LONACI et 1XBet montre la gravité d’un problème désormais impossible à masquer.
La FIFA et la CAF s’intéressent à ces anomalies, qui pourraient déboucher sur une enquête formelle à portée internationale.
Le conflit d’intérêts est criant : la LONACI, sponsor officiel, est dirigée par un proche parent du chef de l’État lui-même.


La réhabilitation du stade d’Atlantis Dimbokro par la Fondation LONACI nourrit la suspicion dans les rangs des autres clubs.
La fédération semble avoir failli à son devoir de régulation, laissant les scandales miner sa crédibilité sur la scène nationale.
Face à ces turbulences, l’opinion publique se durcit, et les appels au départ d’Idriss Diallo se multiplient dans les médias et sur les réseaux.


Même dans les cercles proches du pouvoir, certains conseillers reconnaissent qu’un changement de tête pourrait apaiser les tensions ambiantes.
Mais seul Alassane Ouattara décidera, en dernier recours, si le football doit redevenir une affaire de passion… ou de politique.

ALEX KIPRE

photo:dr

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