Toh Bi brillant, compétent, tribun et jeune. Il a vu du pays. C’est bien. Il écrit et parle bien. Pour ces différentes raisons, il prétend incarner le renouveau. Mais il s’inscrit dans une logique de continuité maquillée, sans rupture réelle structurelle.
Son discours sur le changement par la tête du système est un recyclage ancien, déjà testé sans succès à maintes reprises.
Remplacer les visages sans déconstruire les logiques du pouvoir équivaut à faire du neuf avec de l’ancien, dans sa forme la plus creuse.
Il se présente comme une alternative, mais fonctionne avec les codes, réseaux et réflexes du système qu’il prétend vouloir dépasser.
Son alliance avec Tiémoko-Assalé rappelle les alliances de dupes de ceux qu’il veut remplacer. (Front républicain Ouattara Gbagbo ou Gbagbo Thiam….)
Sa toute puissante à « l’aube nouvelle » rappelle la puissance de GBAGBO à la tête de son parti.
Ou de Ouattara à la tête du sien.
Son faux départ en 2020, rappelle des faux départs avant lui.
Pense t-il vraiment qu’un préfet de l’ordre ancien est si rassurant. Parce qu’il a démissionné? Il a démissionné mais a t-il su démissionner?
Le problème en Côte d’Ivoire n’est pas seulement générationnel ou partisan. Il est fondamentalement structurel, institutionnel et culturel à la fois.
Il ne suffit pas de créer un nouveau parti pour prétendre incarner la rupture. Encore faut-il penser autrement le pouvoir.
Toh Bi recycle des concepts politiques français dans un contexte ivoirien radicalement différent, sans analyser nos spécificités historiques et sociales profondes.
Il idéalise l’alternance institutionnelle, mais oublie que l’alternance sans transformation systémique produit toujours les mêmes dérives à long terme.
Ce n’est pas la rotation des élites qui pose problème, mais l’absence d’une refonte du rapport entre État et citoyens.
Il parle des « mêmes depuis 65 ans » mais propose paradoxalement de rejouer la même partition avec une voix différente.
En réalité, il ambitionne de remplacer l’ancien ordre sans le bouleverser, reproduisant la verticalité et le centralisme qu’il dénonce en façade.
Le pouvoir ne se transforme pas uniquement par la respectabilité ou l’expertise administrative, mais par des choix politiques courageux et disruptifs.
Il est respectable d’avoir été préfet, mais cela ne qualifie pas mécaniquement pour repenser un ordre politique en crise permanente.
Ceux qui prétendent faire mieux sans faire autrement finissent toujours par faire pareil, parfois pire, car ils arrivent sans garde-fous suffisants.
Les pays qu’il cite comme modèles possèdent des institutions solides, une justice indépendante et une culture démocratique ancrée dans la société.
Chez nous, toute réforme de fond exige une refondation institutionnelle.
Pas une reconfiguration superficielle des postes ou des étiquettes politiques.
Toh Bi oublie que ce système se nourrit des dissidences inoffensives, comme la sienne, pour légitimer un ordre fondamentalement verrouillé.
Changer de classe dirigeante sans changer les règles du jeu revient à déplacer les meubles dans une maison en ruine sans fondations.
L’opposition utile n’est pas celle qui se contente d’exister, mais celle qui perturbe, qui fracture, qui désorganise pour reconstruire.
S’il veut vraiment incarner la rupture, qu’il commence par renoncer aux codes de respectabilité que le système lui impose.
Le vrai changement viendra des périphéries, des mouvements sociaux, de la société civile organisée, pas d’un nouveau notable en quête d’onction.
ALEX KIPRE
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
