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Malgré une libération provisoire, l’enseignant syndicaliste Ghislain Assy écope de deux ans de prison pour avoir osé réclamer une prime.

Ce verdict suscite l’indignation dans les milieux éducatifs, ravivant le débat sur les limites imposées à la liberté syndicale en Côte d’Ivoire.

Sous les acclamations de collègues solidaires, Ghislain Assy est sorti libre, sans mandat de dépôt, mais extrêmement amer.

Ce syndicaliste enseignant reste pourtant condamné à deux années fermes pour avoir distribué un mot d’ordre de grève.

L’appel n’a rien changé : la cour a confirmé sa peine, ignorant les protestations croissantes contre cette atteinte syndicale.

Les enseignants avaient lancé ce mouvement pour exiger une prime trimestrielle d’incitation promise mais toujours non versée.

Depuis avril, cette revendication syndicale agite les établissements scolaires, avec une mobilisation suivie à 80 % selon les syndicats.

Arrêté brutalement le 3 avril, Assy dénonce des méthodes dignes d’un coup de filet armé et non d’une arrestation légale.

« Dix hommes armés ont débarqué, pointé leurs fusils sur moi et ma famille, j’ai cru à un enlèvement », affirme-t-il.

Son avocat, Léon Paul Boto, a annoncé un pourvoi en cassation immédiat pour casser ce qu’il juge « une condamnation politique ».

Il dénonce un verdict infligé à un citoyen simplement pour avoir exercé son droit constitutionnel de grève.

En 2022, le gouvernement avait pourtant signé une trêve sociale, promettant d’améliorer les conditions des fonctionnaires ivoiriens.

Or, dans les faits, ce pacte semble avoir réduit les marges d’action syndicale, criminalisant toute revendication collective.

Selon David Bli Ble, porte-parole de l’intersyndicale IS-MENA, « la lutte va se poursuivre jusqu’à la libération complète d’Assy ».

Le dossier prend désormais une dimension politique, illustrant une tension croissante entre autorités et syndicats dans le secteur éducatif.

L’accusation principale repose sur « l’entrave au fonctionnement du service public », formulation large et sujette à interprétation judiciaire.

Le fait même qu’un mot d’ordre syndical déclenche une telle réponse pénale inquiète de nombreux défenseurs des libertés publiques.

Dans un pays où la liberté syndicale est théoriquement garantie, ce procès soulève des questions profondes sur l’indépendance judiciaire.

Assy, malgré les risques, se dit déterminé à continuer son engagement syndical pour de meilleures conditions de travail.

Ses soutiens y voient une tentative claire d’intimidation envers tous ceux qui oseraient encore défier l’ordre établi.

Une chose est certaine : ce verdict ouvre un dangereux précédent pour tous les syndicalistes en Côte d’Ivoire aujourd’hui.

JM AHOUSSY

photo:dr

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