Adama Bictogo a appris des fautes de Soro Guillaume

7 mois

Dans le bal silencieux des ambitions présidentielles, Adama Bictogo avance. À pas feutrés, mais d’un pas assuré.

Il n’a pas crié son envie.

Il n’a pas convoqué la presse. Bictogo a simplement laissé entendre, calmement.

Sa phrase est presque une confidence : « Je pense être l’homme de la situation. » Rien de plus, rien de moins.

Ce que d’autres on citera Soro guillaume, ont dit trop tôt, trop fort, trop frontalement, lui le suggère comme une évidence longtemps contenue. Désormais assumée.

Il ne défie pas le président. Il n’annonce rien. Bictogo s’installe dans le champ des possibilités, avec calme et méthode.

Guillaume Soro, lui, avait tout voulu d’un coup. Il croyait l’histoire acquise, les fidélités figées, le pouvoir promis d’avance.

Adama Bictogo, au contraire, respecte les lenteurs du système. Il épouse le rythme présidentiel, il s’inscrit dans la respiration du RHDP.

Son parcours le légitime. Ministre, président d’institution, vainqueur symbolique à Yopougon. Ce n’est pas rien, et il le fait savoir discrètement.

Son langage est maîtrisé, sa gestuelle contrôlée. Il veut incarner l’ordre, la continuité, sans se perdre dans l’arrogance du candidat précoce.

En face, d’autres noms circulent, parfois plus fortement, parfois avec l’onction de la fonction : Koné Tiémoko, Téné Ouattara Brahima, Patrick Jérôme Achi, la liste s’allonge.

Mais Bictogo ne se laisse pas effacer.

L’homme résiste à l’effacement en s’affirmant par le travail, non par le tumulte.

Parle peu désormais. Mais quand il parle, il pose une phrase. Elle reste. Elle s’installe. Et prépare un territoire possible.

Il a perdu ses phrases de faucon, de va-t’en guerre désormais l’apanage d’un Cissé Bacongo, d’une Kandia Camara. Ou du jeune Touré Mamadou encore abonné aux phrases qui divisent.

Depuis qu’il est Président de l’assemblée nationale, Bictogo rassemble. Il n’oublie s’être fait élire avec un score soviétique par toutes les couleurs de l’hémicycle.

Il sait que la présidentielle n’est pas qu’une affaire de parti politique uniquement. Ni de nomination. C’est une lente conquête du consensus dans un cercle étroit.

Il ne fait pas rêver les foules. Il le sait. Mais il connaît la mécanique, les lignes, les verrous, les leviers.

Sa force vient de sa disponibilité permanente. Il accepte. Exécute. Ajuste. Il est un homme de mission présidentielle.

Mais cela peut aussi devenir son point faible. Certains n’y voient qu’un carriériste, sans colonne vertébrale idéologique ni vision nationale claire. Il a été l’homme de tout le monde: le ministre Tagro de Gbagbo, le Président sénégalais Macky Sall.

On l’accuse de vouloir le sommet pour lui-même.

Pas pour une idée. Pas pour une refondation. Juste pour le sommet.

On voudra se souvenir qu’il a tenté de combattre Hamed Bakayoko même devenu Premier ministre.

Bictogo traîne aussi quelques ombres : des affaires floues (Snedai la plus récente, les Kits sanitaires en 2012,) des alliances changeantes, une loyauté parfois perçue comme opportuniste selon les moments.

Et malgré ses victoires locales, il peine à rayonner dans l’imaginaire collectif comme un leader national capable de transcender les clivages.

Mais Bictogo ne cherche pas l’enthousiasme. Il cherche l’installation. Construit une légitimité par accumulation, pas par séduction ni flamboyance politique.

Il ne demande pas de bénédiction. Suggère qu’il est là. Prêt. Expérimenté. Et que nul ne peut désormais l’ignorer.

ALEX KIPRE

photo:dr

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