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C’est haro sur la politique de la chaise vide. En France, deux ans avant la présidentielle de deux mille vingt-sept, coup de tonnerre.


Marine Le Pen, fondatrice du Rassemblement national (RN), a officiellement passé la main à son dauphin. Condamnée en première instance en mars deux mille vingt-cinq à une peine d’inéligibilité de cinq ans. Avec effet immédiat dans l’affaire des assistants fictifs du parti, elle a désigné son remplaçant pour le prochain scrutin présidentiel : Jordan Bardella, président du RN.

« J’ai intégré l’hypothèse que je ne puisse pas me présenter (à la présidentielle). Bardella a intégré la possibilité qu’il doive reprendre le flambeau »,
a tranché Mme Le Pen dans une interview accordée mercredi 25 juin 2025 à Valeurs actuelles, hebdomadaire français.

Elle a interjeté appel contre ce jugement qu’elle qualifie de politique. Affirmant que « les règles du jeu ont été manipulées » et que le prochain scrutin ne serait, selon elle, pas légitime. Toutefois, si son inéligibilité est confirmée à l’été 2026 par la Cour d’appel de Paris, elle affirme avoir déjà fait le deuil de son ambition présidentielle.

Et acté « l’éventualité » de la candidature de son dauphin.

Le RN est, il est vrai, sur une dynamique électorale ascendante après ses percées historiques aux élections européennes de juin 2024 (qui ont entraîné la dissolution de l’Assemblée nationale) et aux législatives anticipées de juillet 2024.
Marine Le Pen, déjà candidate à trois élections présidentielles (2012, 2017 et 2022), qui se dit victime d’une cabale, entend capitaliser sur cette vague en 2027. A travers une stratégie de substitution.

Elle n’invente rien. Cette tactique du plan B a triomphé au Sénégal. Ousmane Sonko est resté, jusqu’à la dernière minute, le plan A de son parti, le PASTEF, déclaré dissous. Mais face à l’incertitude persistante quant à sa capacité à se présenter – étant emprisonné et privé de ses droits civils et politiques –, il a désigné son numéro deux, Bassirou Diomaye Faye. Pour le remplacer.

Un choix gagnant. Le duo, bénéficiant d’un immense soutien populaire, a balayé toute concurrence à la présidentielle. Puis aux législatives anticipées, dirigeant désormais seul le pays de la Teranga.

Dans le contexte ivoirien, et à l’approche de la présidentielle du 25 octobre 2025, ce scénario de realpolitik suscite peu d’enthousiasme dans les états-majors des principaux partis. Il donne un tour irréaliste à la conjoncture.

Au RHDP, parti au pouvoir, on ne jure – non sans émotion – que par le nom d’Alassane Ouattara.

Pourtant constitutionnellement forclos depuis deux mandats. Et les voix dissonantes, comme celle de Joël N’Guessan Kouadio, figure du parti, sont systématiquement réprimées.

Dans le « front commun », réunissant le PPA-CI et le PDCI-RDA, les figures emblématiques Laurent Gbagbo et Cheick Tidjane Thiam sont écartées de la course électorale. Par décision de justice. Ce « braquage judiciaire », selon les avocats de Thiam, est perçu comme une mauvaise plaisanterie. Et combattu vigoureusement.

Du plan A au plan Z, un seul schéma prévaut. Et toute anticipation d’un empêchement des « candidats naturels » est vue soit comme une trahison. Soit comme une manœuvre pour démobiliser les militants. Ahoua Don Mello et Jean-Louis Billon en ont fait les frais.

Le premier a été rapidement marginalisé. Accusé de mener une campagne personnelle à travers conférences et tournées dans les structures du parti. Avec en ligne de mire un rôle de plan B au PPA-CI.
Le second, Jean-Louis Billon, a tenté de bousculer un peu trop ouvertement le président du PDCI-RDA. Mis à l’écart, il mène désormais sa campagne présidentielle en candidat indépendant.

Quatre mois avant le scrutin, le plan B apparaît ouvertement toxique en Côte d’Ivoire. Aucun responsable n’ose plus défier la ligne du parti sous peine de bannissement politique.

Tout le monde, désormais, est en ordre de bataille. Advienne que pourra. Car, comme le disait Henri Queuille :

« La politique, ce n’est pas de résoudre les problèmes, mais de faire taire ceux qui les posent. »

F. M. Bally

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