La chanteuse ivoirienne Khalil Riad Matitia revient sur scène avec JazzAfrica Night, ce 5 juillet au Wafou.
Elle y mêle jazz, racines africaines et quête intérieure dans un concert-laboratoire inédit. À quelques jours de l’événement, elle se confie à POUVOIRS MAGAZINE
JazzAfrica Night est annoncé ce 5 juillet comme un “concert-laboratoire” et une “renaissance”. Qu’est-ce que cela veut dire pour vous ?
Ce concert est un laboratoire parce que j’y explore des croisements inédits entre jazz et musiques africaines. Une renaissance, car tout s’aligne enfin. Je reviens à l’essentiel après un long chemin personnel et artistique. C’est un tournant.
Vous parlez souvent de “communion”. Que souhaitez-vous que le public ressente en quittant la salle ?
Qu’il reparte avec quelque chose d’intime. Que le public sente qu’il a été écouté autant qu’il m’a écoutée. Une chaleur partagée.
Vous avez réuni une équipe exceptionnelle. Comment avez-vous choisi ces musiciens ?
Je les ai choisis avec le cœur. Ce sont des frères d’âme. On se connaît depuis plus de dix ans. C’est une famille. Je voulais des artistes capables d’écouter, de ressentir, de dialoguer avec moi. Des musiciens d’exception.
Un mot sur chacun ? Qu’apportent-ils à votre aventure musicale ?
Laurent Noah, au piano, c’est la finesse et la maturité. Il m’a guidée vers le jazz.
Isaac Badiel, à la basse, pulse avec puissance et tendresse.
Israel Boka, aux percussions, joue avec l’instinct et capte l’instant.
André Laourou, à la trompette, allie éclat et retenue.
Jean-Marie Hua Koffi, au saxophone, souffle la chaleur, trace une ligne expressive.
Avec eux, j’ose. Ils ne m’accompagnent pas : ils marchent avec moi.
Parlez-nous de ce duo inédit avec la harpe-luth mandingue. Qu’avez-vous ressenti à la première répétition ?
Une vibration ancienne. Comme un souvenir enfoui qui remontait. La harpe a une voix chuchotée mais puissante. Il s’est passé quelque chose de profond, d’immédiat.
Ce concert est présenté comme le début d’un rendez-vous annuel. Que rêvez-vous d’en faire ?
Je rêve d’un festival enraciné ici, en Côte d’Ivoire, mais ouvert au monde. Un lieu de création, d’écoute, de mémoire et de modernité. Un carrefour d’âmes musicales.
Paco Séry vous a beaucoup marquée. Que vous a-t-il transmis au-delà du rythme ?
Paco m’a appris que le rythme, c’est une respiration intérieure. Il m’a libérée. Grâce à lui, je chante avec plus de silence, plus de présence. Il m’a enseigné la liberté.
Votre grand-mère, souvent en retrait, a-t-elle été une boussole dans votre parcours ?
Oui. Elle m’a transmis la dignité silencieuse. Elle ne parlait pas beaucoup, mais chaque geste enseignait. Je porte sa force tranquille avec moi, toujours.
Si vous deviez résumer votre parcours en une note musicale : laquelle et pourquoi ?
Le si.
C’est une note haute, exigeante. Elle appelle, elle aspire à plus. Elle ne se repose jamais. Comme moi, elle est en tension, en mouvement.
Entre “Star Karaoké” et “JazzAfrica Night”, qu’est-ce qui a changé dans votre manière de chanter ?
Tout. Avant, je chantais pour plaire. Aujourd’hui, je chante pour dire. Ma voix est plus sobre, plus profonde. Je chante avec tout ce que j’ai vécu.
Votre voix touche sans chercher à impressionner. Est-ce un choix ou une nécessité ?
C’est une nécessité intérieure. Je ne veux pas briller pour briller. Je cherche la justesse, pas l’effet. Si ma voix touche, c’est parce qu’elle vient d’un endroit sincère.
Enseigner à l’INSAAC a-t-il changé votre rapport à la musique et à vous-même ?
Absolument. Enseigner m’a rendue plus consciente, plus exigeante. J’ai dû expliquer ce que je faisais instinctivement. Cela m’a aidée à mieux m’écouter aussi. C’est une école de soi.
Entretien réalisé par
ALEX KIPRE
JazzAfrica Night – avec Khalil Riad Matitia
5 juillet 2025
Hôtel Wafou, Abidjan
20h précises
Un voyage entre jazz, Afrique et renaissance intérieure
POUVOIRS MAGAZINE
