Thiam: beaucoup plus qu’une affaire de nationalité

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Dans l’affaire Thiam, ce silence assourdissant sur la question de la nationalité, d’abord esquivé, puis maladroitement rattrapé, finit par devenir le point de fracture d’une ascension politique pourtant soigneusement orchestrée.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : un homme, un parcours hors du commun, une ambition présidentielle — et soudain, une faille. D’apparence mineure, juridique diront certains, mais qui, dans l’arène ivoirienne, prend des allures graves.

Au commencement, Thiam incarne l’élégance du retour au pays. L’énarque brillant, le banquier au carnet d’adresses planétaire, la stature internationale. Et, surtout, ce nom : Houphouët. Dans un pays où l’héritage du « vieux » reste sacré, l’évocation du lien de sang suffit à électriser les esprits. Soubré, Dabou… il n’est alors ni question de passeport, ni de décret de naturalisation. Le PDCI le brandit tel un talisman, presque un totem électoral. Le vernis est impeccable.

Mais très vite, les fissures apparaissent. La ligne de communication vacille. On parle d’une naturalisation en 1987. Puis on corrige : non, Thiam serait né Français, de par la nationalité de son père. Entre les déclarations, les rumeurs, et les révélations goutte à goutte, c’est une impression de flou — ou pire, de manipulation — qui s’installe.

Les avocats, eux, peinent à trouver un terrain stable. Ils défendent sans grande conviction, loin de l’aplomb d’un Blessy Chrysostome ou de la finesse stratégique d’un Rodrigue. La gêne est palpable. Car l’homme qu’ils représentent n’est pas un militant ordinaire : il fut ministre du Plan, chantre du développement, étoile de la diaspora. Il était censé avoir tout anticipé.

Et c’est là que le bât blesse.

Car un « gros cerveau », comme le dit l’expression populaire, et lui même aussi ne devrait pas s’y prendre aussi maladroitement. Il ne devrait pas laisser planer tant d’interrogations. Ni laisser son camp improviser des réponses qu’il contredira ensuite. L’affaire donne le sentiment d’un jeu mal maîtrisé, où le candidat en dit trop ou pas assez, et finit par brouiller lui-même son propre récit. En tout cas aide à salir sa propre image

Ce mélange atteint son comble lorsqu’il évoque un mystérieux sondage favorable à sa candidature… sans jamais en révéler la source. Là encore, il y a dissonance. Un homme de sa trempe, aguerri aux standards internationaux, ne peut ignorer qu’en politique comme en finance, la crédibilité repose sur la transparence. Cette réticence à nommer l’institut de sondage, donnent du grain à moudre à ses adversaires. Pire : cela mine la confiance d’une opinion publique. Surtout qu’elle est déjà sceptique.

Derrière cette cacophonie, un constat s’impose. Thiam, malgré ses titres et ses réseaux, semble découvrir la politique ivoirienne comme un terrain miné. Il avance avec élégance mais sans ancrage. Fort de son histoire mais vulnérable à ses zones d’ombre. En face, ses rivaux, eux, n’ont ni son CV, ni ses diplômes, mais ils connaissent le terrain. Et ils s’en serviront.

Alors oui, il pourrait être contraint de pactiser avec le RHDP, s’il veut exister politiquement. Une telle option aurait un goût amer. Très amer. Elle brouillerait davantage son image qu’il a su protéger en déclinant cette offre par le passé. A deux reprises.

Elle consacrerait l’idée d’un Thiam sans colonne vertébrale politique. Et pour les Ivoiriens, encore marqués par les alliances de circonstance et les renoncements en cascade, ce serait un renoncement de trop.

L’affaire Thiam, au fond, n’est pas qu’une affaire de nationalité. C’est une affaire de cohérence, d’authenticité, de courage politique.

JULIEN BOUABRE

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

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