Dans son discours à la nation du 31 décembre dernier, le Président a fait une annonce historique qui semble passer sous silence.
Tant l’auteur n’en fait pas une victoire particulière ni un effet d’annonce à son avantage. Mais en réalité, le départ définitif des forces armées françaises du camp bien connu sous le nom de 43ᵉ BIMA à Abidjan est un véritable séisme.
En effet, le dernier bastion de la France en Afrique de l’Ouest, à savoir la Côte d’Ivoire, consacre ainsi une séparation définitive avec l’ancien colonisateur. Ce qui se passe ici est une révolution. Les artistes Tiken Jah Fakoly et Alpha Blondy l’ont chanté sur tous les toits. L’ancien Président de la République, Laurent Gbagbo, en avait fait son cheval de bataille. Allant jusqu’à en faire un discours de ralliement pour ses partisans.
En 2004, Blé Goudé, alors leader des jeunes patriotes, avait érigé ce départ comme un préalable. Lançant des milliers de jeunes dans les rues contre ces “forces d’occupation”. Le mardi 9 novembre 2004, en pleine opération dite “Dignité” visant la reconquête du Nord occupé par les rebelles, un climax avait été atteint. C’était lors des événements de l’Hôtel Ivoire. Des manifestants aux mains nues avaient acculé des unités de l’armée française.
Des coups de feu éclatèrent, faisant des morts et des blessés. Le camp du 43ᵉ BIMA était sous pression des jeunes patriotes, et les derniers ressortissants français avaient fui.
Des souvenirs cauchemardesques pour tous.
Vingt ans plus tard, le camp du 43ᵉ BIMA est vidé de ses soldats français et rétrocédé à l’armée ivoirienne. Presque en douceur. Il est même rebaptisé du nom du tout premier chef d’état-major ivoirien, le Général Ouattara Thomas d’Aquin.
Est-ce une prouesse diplomatique ou un hasard de calendrier? La France est déjà évincée du Tchad, du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Dans tous les cas, l’échec de la politique étrangère française en Afrique semble profiter, d’une part, à Moscou, et d’autre part, à Washington. Les États-Unis, en effet, cherchent à tracer un axe Ndjamena-Abidjan. Ou plutôt Odienné, où les derniers préparatifs pour l’installation de bases militaires sont en cours.
Si Moscou et Washington consolident leurs positions sur la terre ferme du Sahel, Pékin, de son côté, attend dans les eaux du golfe de Guinée et en Afrique du Sud.
À ce jeu d’échecs, il est difficile de prédire l’avenir. Un dialogue direct entre ces puissances n’est pas à exclure.
Tama César
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

