La confrontation entre Billon et Thiam semble être bien plus qu’une simple querelle interne.
Elle met en lumière la gangrène de l’Ivoirité qui continue de diviser la politique ivoirienne.
Parce qu’il a été particulièrement virulent, presque méprisant, Billon semble incarner la face visible de ce mal insidieux. D’ailleurs, il l’admet lui-même : « Je suis un peu dur », ce qui démontre que son intervention n’a pas été spontanée, mais bien calculée. Et fait suite à une longue interview publiée dans Fraternité Matin, sans qu’il n’y ait eu de réaction substantielle du camp de Thiam. Où l’on continue de l’appeler « notre frère Billon ».
Nous sommes en politique et tous les coups semblent permis.
Cependant, avec cette nouvelle sortie, Billon va bien au-delà d’une simple crise interne sur une histoire de convention. Il franchit un seuil dangereux, flirtant avec les dérives de l’Ivoirité. Voici quelques morceaux choisis de ses propos : « Ses enfants ne sont pas scolarisés ici, il ne pourra pas parler d’éducation nationale », « Il a passé 23 ans hors de la Côte d’Ivoire », « Il ne s’est pas soigné en Côte d’Ivoire, il lui sera difficile de parler de santé aux Ivoiriens », « Il n’est pas contribuable en Côte d’Ivoire », « La Côte d’Ivoire, ce sont des peines et des joies »,
« Il n’a pas connu Laurent Gbagbo Président pendant 10 ans« , etc.
Ces déclarations, qui prennent une tournure de plus en plus personnelle et divisive, laissent transparaître une vision. Laquelle n’est plus seulement politique, mais clairement idéologique.
Le pire dans tout cela, c’est qu’on sent derrière cette attaque une orchestration minutieuse. Comme si un état-major travaillait dans l’ombre pour préparer cette offensive. Ces propos ne sont pas le fruit du hasard. Mais le signe d’une instrumentalisation de la politique pour raviver les démons de l’Ivoirité. Un fléau qui a déjà plongé le pays dans des divisions profondes par le passé.
Il devient évident que la politique de division, nourrie par des éléments de l’Ivoirité, risque d’être réactivée à des fins purement partisanes. A la décharge de Jean Louis Billon, il est lui-même métis et est difficilement soupçonnable ou accusable. N’empêche.
JULIEN BOUABRE
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

