Les joies des Ivoiriens, champions d’Afrique manifestaient encore, ce 19 février au matin quand le bulldozer tel un éléphant est arrivé. Pour raser « l’insalubrité et sauver des vies ».
Sans toit, filles, femmes, enfants, vieillards, établis sur les terrains vendus, rachetés, avec ou sans arrêté définitif de concession(ACD), dédommagés ou non mais à restructurer absolument, du Groupement des Entreprises Suisses de Construction (Gesco) sont sans toit.
Le buldozer, Cissé Bacongo, tout de même haut Ministre Gouverneur, a tout rasé. Lui ne fait pas dans la dentelle; écoles, centres de santé, domiciles, crèches, étables, marchés, boutiques etc sont bons pour la poubelle.
Il lui faut sauver des vies, les grandes pluies arrivent dit-il et Yopougon est concerné.
En face, le nouveau maire aussi, lui, Président de l’assemblée nationale est consterné, il avait promis à ses électeurs d’hier, d’être leur protecteur. Les bras lui en tombent. Commence alors, le cirque :
Gbagbo en premier, de retour d’une retraite à Mama, son village natal, s’arrête et comme il sait le faire, s’afflige. Dans sa tête, il doit se souvenir que Dr Assoa Adou alors son ministre avait déclassé et rasé en 2004, une grande partie de la forêt classée d’Anguédédou ouvrant ainsi la voie aux inondations depuis Yopougon. C’est un historien et il a de la mémoire.
Puis vint Thiam, le tout nouveau Président du PDCI, mouchoir au nez pour se protéger des mauvaises odeurs émanant des décombres puisqu’il n’en a pas l’habitude. Il visite vite, proteste à peine et part. Il vient du Crédit Suisse en fait.
D’ailleurs, son grand-oncle Houphouët Boigny n’avait-il pas dédommagé tous ces » gens- là »?
Lui, l’ex ministre du plan est bien au courant. Il a d’autres chats à fouetter. Mais devant lui, Cha Hèlene se dresse et avec elle la FESCI (Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire) à la recherche d’un nouveau combat. Elle aime les combats, les causes.
Dans l’affaire, Bacongo a rasé cette école qui a pourtant bénéficié de tous les arrêtés des ministres compétents de l’époque, de Flindé Albert, ex rebelle, ex proche de Gbagbo, à Kandia Camara ex ministre de l’éducation nationale, actuelle Présidente du Sénat, au Pr Mariétou Koné, actuellement en charge du département.
Toutes ces familles, ces pères et mères, opérateurs économiques et simples citoyens n’avaient-ils donc pas le droit d’établir là leur demeure et siège ? Les arrêtés à eux délivrés par les ministres en charge plus haut, de l’éducation mais surtout à ras le sol, de la construction et de l’urbanisme, n’ont-ils donc aucune valeur ? Et des ministres desdits départements il n’y en a eu : Dr Assoa Adou actuel président du conseil stratégique du parti de Gbagbo, Amon Tanoh Marcel malheureux ex président du conseil de l’entente, Raymond Ndoli, Tiemoko Koné Meliyet actuel Vice-Président, et Bruno Koné gendre du Président Alassane Ouattara. Les signatures de toutes ces personnes ne sont-elles plus valables ?
Alors que les enfants de Gesco dorment dans la peur et la faim et que les jeunes filles sont livrées aux risques de viols et à la prostitution, et que l’écart scolaire va se creuser entre pauvres et riches, filles et garçons, on fait la passe à 10 sans que personne ne marque. La Can continuerait, c’est à croire…
Gbagbo, Soro, Bacongo, puis Bictogo, les ministres Kandia Camara, Mariétou Koné, le Flindé qui repasse à Marietou, etc. Et dans tout cela, Touré Mamadou ayant le dossier de la jeunesse, est hors-jeu. Dogo Rosemonde normalement solidaire est concentrée sur la VAR.
Nassénéba Touré en charge de la femme et de l’enfant prépare le 8 mars, journée de la femme « ivoirienne sans toit », qu’elle voudra faste et en pagne.
Pendant, ce temps, la société civile dort, et déclare. La Fesci ferme les classes sans classe. Il le faut bien. Mais les enfants de GESCO eux dorment toujours à la belle étoile.
1800 élèves de Cha Hélene et d’autres encore ont rangé les cahiers. Peut-être vont ils « woro leur Kadaffi » par dépit. Dans tous les cas, Ado a demandé plus d’humanisme » à Bacongo et Mambè, le Premier des ministres. Il est clair, un bonheur se réveille toujours dans les bras d’un malheur, et pour les ex habitants de Gesco, cette CAN de joie fut de courte durée. Après le four de fête ce fut le coup du marteau.
TAMA CESAR
POUVOIRS MAGAZINE

