Il a hésité et n’a pas voulu être Président de la République française. Jacques Delors, le politique probe a tiré s révérence.
Le destin politique de Jacques Delors a failli devenir un destin présidentiel. Pressé par ses amis politiques socialistes de se lancer dans la course à l’élection présidentielle, l’homme de Bruxelles met fin à un suspense de six mois et finit par y renoncer. Le choix politique finira par l’emporter, pariant sur son échec à rassembler une majorité législative nécessaire pour mener sa politique.
Ancien président de la Commission européenne, père de l’euro et figure de la gauche française, Jacques Delors, est décédé à 98 ans, « Il est décédé ce matin (mercredi) à son domicile parisien dans son sommeil », a déclaré la maire socialiste de Lille, sa fille Martine Aubry.
Favori des sondages, l’ancien ministre de l’Économie et des Finances sous François Mitterrand (1981-1984) avait douché les espoirs de la gauche en refusant de se présenter à l’élection présidentielle de 1995, un renoncement spectaculaire à la télévision devant 13 millions de téléspectateurs. « Je n’ai pas de regrets », mais « je ne dis pas que j’ai eu raison ». « J’avais un souci d’indépendance trop grand, et je me sentais différent de ceux qui m’entouraient. Ma façon de faire de la politique n’était pas la même
Depuis Bruxelles où il restera à la tête de la Commission de 1985 à 1995, Jacques Delors a joué les architectes pour façonner les contours de l’Europe contemporaine : mise en place du marché unique, signature des accords de Schengen, Acte unique européen, lancement du programme Erasmus d’échanges étudiants, réforme de la politique agricole commune, mise en chantier de l’Union économique et monétaire qui aboutira à la création de l’euro, etc. En mars 2020, il avait encore appelé les chefs d’État et de gouvernement de l’UE à plus de solidarité au moment où ces derniers s’écharpaient sur la réponse commune à apporter à la pandémie de Covid-19.
Avec ses centres de réflexion, « Club témoin » ou « Notre Europe » (devenu ensuite « Institut Jacques-Delors » et installé à Paris, Bruxelles et Berlin), l’ancien député européen (1979-1981) a plaidé jusqu’au bout pour un renforcement du fédéralisme européen, réclamant davantage d’« audace » à l’heure du Brexit et des attaques de « populistes de tout acabit ».
ETHAN GNOGBO
