La demoiselle , instrumentiste du Gbagbaké, est le symbole de la jeunesse N’Zima investit et passionnée par sa culture qu’elle porte fièrement à chaque génération.
L’Abissa a encore des lustres et des lustres devant elle. Si le peuple N’Zima poursuit cette tradition de transmission de son savoir-faire intergénérationnelle et de renouvellement des énergies qu’on lui connaît, il y a fort à parier que cette danse patrimoniale authentique sera éternelle. En effet, À tous les étages de sa structure sociale et folklorique , l’Abissa établit un lien de transition remarquable entre les devanciers et les cadets. La preuve au niveau de l’école de formation Ko Eyêlê, les chansonniers, les porteurs, les porteurs d’attributs des 7 grandes familles, les instrumentistes…
Dans cette dernière catégorie figure la jeune James Ehoulé Niamké dont on admire chaque année sa dextérité au Gbagbaké. Le Gbagbaké , c’est l’instrument de soutien ( constitué de trois long bambous attachés à une planche) du tambour sacré l’Edo Ngbolé. Le Gbagbaké module la rythmique lourde de l’Edo Ngbolé avec des battements aiguës et secs en fonction de la partition que commande l’harangueur.
James a une façon bien à elle de prendre position pour taper. Comme si elle écoutait si la musique qu’elle produisait était réglée sur l’harmonie générale de ses compères batteurs.
Pour faire ce qu’elle fait si bien, elle a pris son temps pour observer et apprendre. « J’ai intégré le groupe des instrumentistes en 2019, raconte-t-elle. Avant ça, je venais les regarder jouer ». Son intégration dans le groupe tient on pourrait dire d’un appel spirituel. « Je pense que j’étais faite pour jouer le Gbagbaké. C’est comme si j’étais attirée par ça. Quand je joue chaque fois, je suis transcendé. Comme si les ancêtres nous guidaient, nous donnaient l’énergie », explique la jeune Adahonlin de père et N’Djuaffo de mère. La formation des instrumentistes se déroule en parallèle des jours de jeu du Gouazo. Les devanciers apprennent à jouer aux nouveaux. Il en va ainsi chaque année, générations après générations. Pour James Ehoulé, l’apprentissage s’est fait comme sur des roulettes, confie Aketchi Daniel, chef des instrumentistes.
« Les N’zima ont ce souci de perpétuer leur tradition à travers la formation de la relève. Et pour intégrer notre groupe, il faut d’abord avoir la volonté. Et si James joue avec nous, c’est qu’elle a les aptitudes pour lorsqu’on la recrutait l’an surpassé. Elle à fait ses preuves. Et tout le monde est content d’elle. Plus tard, elle pourra à son tour transmettre à ses cadets ».
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Les instrumentistes sont une institution sacrée de l’Abissa. Que ce soit pendant le Siedou ( la semaine silencieuse de recueillement spirituel) où le tambour sacré est sorti de son hibernation pour être conduit et préparé à la rivière sacrée, que ce soit également pendant les jours de danse du Gouazo, les instrumentistes partagent avec les initiés cette préparation mystique dont on parle peu. Ce sont tous les maillons de la chaîne qui garantissent le succès de la fête folklorique.
Tous la semaine festive de l’Abissa, James, travailleuse chez Bolloré, est sur le pont de sa culture. Elle joue chaque après-midi le Gbagbaké et participe à toutes les cérémonies liées à la célébration. Des femmes plus âgées que James Niamké figurent en bonne place sur le banc des instrumentistes du Gbagbaké Jeunes filles, femmes matures : toutes jouent leur partition chaque après midi. Comme pour souligner une société N’Zima ouverte sur le genre.
« Cet instrument qu’est le Gbagbaké peut être joué par tous les éléments du peuple. La symbolique de ces bambous sur lesquels les instrumentistes tapent , c’est le peuple tout entier. Dans le peuple, il y a des hommes, des femmes, des jeunes, des enfants aussi. C’est donc un instrument de symbiose du peuple. Donc il n’y a pas de restrictions. C’est même voulu et souhaité que les femmes jouent le Gbagbaké. », explique le doyen Ndamoulé Binlin, porte-parole, conseiller de Sa Majesté le Roi , et gardien de la tradition N’Zima sur la place de la femme dans la symphonie de l’Abissa .
« Dans la société N’zima, la place joue un rôle central. En réalité, c’est elle qui détient le pouvoir. Et ce pouvoir est exercé par l’homme. C’est la femme qui designe celui qui va siéger sur le trône. Son choix est adoubé par le chef de famille et ensuite par le peuple. Un autre aspect fondamental est que l’Abissa a été révélé à l’origine par les génies à une femme ( de la famille N’Vavilé) il y a très longtemps à Aboadé dans l’actuel Ghana… », ajoute le dignitaire N’Zima.
« Les esprits te choisissent et toi-même tu t’emmènent à l’Abissa » , souligne avec esprit James Ehoulé à propos de son engagement dans sa tradition. Une attitude, une profession de foi pour la vie de cette jeune fille N’zima qui garde les pieds bien ancrés dans sa tradition.
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