Une barbe poivre-sel mange ses joues pleines de mots gentils à distribuer accompagnés d’un sourire et souventes fois d’un rire généreux. Depuis peu, l’homme ne la rase pas. Il l’ajuste avec précision par contre. Il tient à se soigner des toilettes aseptisées, à être bien mis. Par correction. Par respect et défense pour son métier dont l’image se galvaude sans frein. Didier Blé fait de la résistance.
Le mètre quatre vingt passé, les jambes arquées, l’homme a le physique de l’emploi foot. Son entourage atteste qu’il a le talent pour. Qu’il avait le talent. Mais ce sont des souvenirs du quartier Marcory vivier de joueurs dont un certain Abdoulaye Traoré dit Ben Badi. Le 19 décembre prochain, le bébé né à la Pmi de la commune fera un pas de plus vers le demi-siècle qui arrive. Arrive à grands pas sans pour autant l’affecter. Au contraire, comme le bon vin, …. Au point que l’habilleur Van Rof passe par lui pour exhiber ses mérites de styliste.
Le fait est que Blé Assalé Guy Didier aime la vie.
« J’aime ta vie! » hurle t-il avec allégresse. Cette exclamation trahit son sens de l’autre, sa générosité, sa bonté. Didier aime à se réjouir pour les autres.
C’est un trait de famille à la vérité. Son père et sa mère le gavent d’empathie. D’amour et d’affection le saturent. Normal, Patrice Blé est infirmier d’Etat, Suzanne Coffie, assistante sociale, des métiers enclins à aider notre prochain.
C’est du côté de sa mère qu’on va trouver les traces quasi génétiques de la passion pour le métier de journalisme. Suzanne est la Fille de Justin Coffie Ayua, interprète du gouverneur Louis Gustave Binger et elle compte dans sa filiation une kyrielle de noms tels que Edmond Coffie, Journaliste, Bernard Ahua musicien de jazz et critique musical, fils de Gervais Coffie, secrétaire de gouvernement sous Houphouët-Boigny, Ama Coffie, journaliste, Juliette Anzian productrice radio, tous éminents journalistes et respectivement oncle, cousin, cousine et cousine de Didier Blé .
Du côté de son père, Didier Blé a également de qui tenir pour être le neveu du professeur Blé Raoul Germain, une des plus grandes icônes de la communication en Côte d’Ivoire et le cousin de Diabo Steck le batteur d’Ernesto Djédjé.
Ajoutons dans la balance les aînés- un garçon & deux filles- qui ont tous suivi des études de lettres modernes et lui ont inoculé le goût du livre qui paie aujourd’hui.
Didier Blé a été (trans) porté au micro par l’exemple alentour, par l’amour des phrases abouties, l’éloquence de premier ordre. Le bac littéraire en poche, il se fait titulaire d’un Brevet de technicien supérieur (Bts) en communication d’entreprise puis d’un Master en Production Audiovisuelle.
Il se rode le timbre à Zenith Fm puis à Elite Radio. Frappe aux portes de Jam, Rti et Nostalgie qui ne s’entrouvrent pas. Qu’à cela ne tienne! Toujours optimiste et travailleur, Didier est accepté à Onuci Fm aujourd’hui Radio de la paix où tous ses collègues reconnaissent son mérite, sa bonne humeur, son professionnalisme et son sens de l’autre.
A l’écoute de son cœur, de sa passion quasi congénitale, l’homme s’inscrit désormais, après deux décennies de journalisme Radio, de maitrise de cérémonie, de Dj dès l’âge de 12 ans, dans la transmission et prêche par l’exemple au milieu de ses étudiants de grandes écoles, tous heureux de côtoyer une sorte de John Keating, le professeur campé par Robin Williams dans « Le cercle des poètes » de Peter Weir.
Très pratique, il prêche par l’exemple et invite ses élèves dans une sorte de TD, dans toutes les rencontres où l’on fait fête aux mots, où l’on donne la priorité au savoir.
Alors, les Editions Eburnie, la plus grande maison d’édition en Côte d’Ivoire avec à sa tête l’exigeante Mme Marie Agathe Amoikon, en ont fait son journaliste culturel, son Maître de cérémonie attitré.
Quand le Slam veut se soigner une toilette des grandes nuits, ce sont ses services qu’il sollicite.
Le Prix Kailcedra, après Mariam Coulibaly n’a eu de cesse de se faire accompagner par lui.
Les rendez-vous de Jazz se font presque toujours sous sa maitrise de cérémonie.
Les dédicaces littéraires le connaissent toutes.
Le Salon international du livre d’Abidjan (Sila), il en fait son affaire
Les rencontres théâtrales aussi, cinématographiques également bref,
Le journaliste a tous les gens du savoir, de la pensée, du verbe à ses trousses, à ses basques
Les programmations culturelles sérieuses ne se déroulent pas en son absence.
Et arrive l’homme qui s’est offert le luxe de se faire aimer, à partir de cette denrée à peine côté en bourse en ce monde d’apparence qu’on appelle la simplicité. Le bon commerce.
Il théâtralise la révérence pour égayer ses aînés. Certains se laissent prendre aux pièges.
Mais il garde la volupté seigneuriale de dire non aux foutaises, à l’amateurisme.
Il ruse avec le « familiarisme »: Didier aime que le courant passe, que les choses se fassent pour la gloire du livre.
Didier est un résistant qui, dans cet environnement ivre d’avoir couvre livre et savoir.
Il couvre la culture et ses hommes piétinés davantage quand il parle de littérature, de pensée, de réflexion.
Pour écouter, il accepte volontiers de perdre quelques centimètres, inclinant presque toujours la tête pour rapprocher l’oreille et son conduit auditif de la cavité buccale de son interlocuteur.
Pour se faire écouter, sa voix a l’ardeur éclatée des généreux .
Derrière le micro cette voix prend une texture arrondie, elle s’enfle se fait volumineuse mais basse, très basse pour sinon contraindre du moins inviter à l’écoute.
Au milieu de ses élèves, ou avec ses aînés, il garde toujours la même décontraction.
Les fiches en main, prolongement de son corps et adjuvantes de son esprit, l’homme travaille tout le temps, sur les traces de ses devanciers dont il dresse avec gratitude la liste kilométrique de ceux qui l’ont aidé à comprendre différents tableaux.
En télé: Joseph DIOMANDÉ, Ben Soumahoro, Georges Tailly Benson, ŔFK, Yves Zogbo, Levy Niamkey, Grattié Lavry, Victor Nadjé, Claude Tamo.
En Radio: Boubacar Kanté, Soro Adams, Thomas Makaya, Brou Konan Bertin, Jean louis Touré, Jules Koffi Yeboua, Émile Konan Frejus, Soro Solo, Constant Mahilet, Jean Jacques Varold, Serges Fatoh, Yves De Mbella, Claire Elvyre, Mireille Akedier, Marthe Kakou.
En presse écrite: Diégou Bailly, Alfred Dan Moussa, Zio Moussa, Sangaré Abdoulaye, Kikié Ahou Nazaire, Eric Kossa, Alex Kipré, Agnès Kraidy, Rémy Coulibaly
D’Akendengué à Zadi Zaourou, de toutes ses rencontres avec les créateurs, l’homme sort enrichi non pas de blé, mais de Blé, une signature qu’il impose. Il se fait Blé par le livre.
Riche d’avoir reçu à la fin d’une interview avec Amédée Pierre le 6 août 2008, le disque Côte d’Ivoire-Guinée réconciliation. Et Suzanne Coffi Blé de lui raconter avant son départ que son petit Didier, le dernier de sa progéniture dansait au son de cette chanson tous les matins dans sa petite enfance. La section cuivre dirigée par son homonyme Assalé Best augurait certainement qu’il serait journaliste passionné de culture. Journaliste distingué hier au Sila à Abidjan et qui se démarque d’une manière particulière (c’est le vrai sens des prix spéciaux des jury) au point d’être aujourd’hui à Yaoundé récompensé. A juste titre.
POUVOIRS MAGAZINE