C’est vrai qu’on n’approuve pas la guerre que la Russie livre à l’Ukraine dans son ensemble. Mais il y a encore de nombreux Africains qui sont agacés par l’impérialisme français et ont sincèrement envie de voir et d’avoir toute autre chose. Face à l’agression poutinienne, il y a, dans le Sud, un manque de solidarité politique, une absence d’indignation partagée, quand ce n’est pas purement et simplement la reprise de la propagande sino-russe (tout est, toujours, de la faute des Occidentaux). Pourquoi ?
L’explication est multiple.
Géographique : l’éloignement compte la Russi et l’Ukraine sont à mille lieux et l’accès avec des visas est très difficile. Economique : les conséquences des sanctions pèsent non pas sur les riches mais totalement sur les plus pauvres. Historique : dans
les années 1960 et 1970, l’URSS fut, souvent, du côté des mouvements de libération nationale africains. Pas les Occidentaux. Et
ceux-là, passé la guerre froide, ont malmené sinon trahi les principes qu’ils prétendaient incarner –
en Irak, en Libye, dans le conflit israélo-palestinien et ailleurs –, pratiquant le deux poids deux mesures selon leurs intérêts
Idéologique: l’Africain est foncièrement et naturellement socialiste, communiste. Il a un penchant pour les économies coopératives que sont venus détruire les capitalismes et libéralismes, la course au gain sauvage, la recherche bestiale de l’argent, l’avide société de consommation et la mise au placard des politiques plus humanistes. Bref La déconsidération de l’Occident qui s’en fout de ce qui se passe en Afrique fonde, en partie, la relative indifférence du Sud à la tragédie qui se joue en Ukraine.
L’Afrique du Sud va accueillir, à la fin du mois d’août, le sommet des BRICS (auquel il n’est pas sûr que M. Poutine, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, puisse se rendre). Ce regroupement des économies émergentes (Brésil, Russie,
Inde, Chine et Afrique du Sud) entend s’élargir à une vingtaine d’autres pays. Il incarne une volonté de s’affranchir de ce qui est
perçu comme « l’hégémonie occidentale », catégorie dont la réalité prête pour le moins à discussion.
POUVOIRS MAGAZINE

