Profession : Héritier  (1)              

2 ans

Héritiers putatifs, fils spirituels ou éternels outsiders, entre hésitations et crise de légitimité, franchir l’ultime étape de leurs destins politiques n’a jamais été aussi complexe, dans un contexte de redistributions des cartes, de plus en plus hostile aux successions quasi monarchiques. 

La problématique de l´héritage en Afrique revêt parfois un caractère ésotérique. Comme une confrérie où seuls les introduits ou autres courtisans nourris à la mamelle du pouvoir y trouvent grâce. Si bien qu’aucun néophyte ne peut y prétendre. Les héritiers directs ou indirects souffrants du délit de patronyme pour certains, de conflits d’obédience pour d’autres, sont légion sur le continent.

Le continent vit une mutation décisive et les enjeux sont énormes. La jeunesse, longtemps circonscrite au rôle d’assistante, donc inapte à gouverner tient là l’occasion de déconstruire ces clichés saugrenus qui hélas prospèrent insidieusement sous nos tropiques. Bien qu’étant jeunes, eux aussi, ces successeurs désignés mesurent-ils la hardiesse de ce sacerdoce ? Rompre ce cordon ombilical contraignant, franchir même le Rubicon de la trahison qui, parfois malheureusement s’avère être l’ultime alternative pour embrasser enfin son destin. Tel est bien souvent le corolaire de la réalpolitique, et les référents en la matière sont légions.

CES REGNES DYNASTIQUES

Très prisé dans la partie centrale du continent, c’est un réflexe qui fait de la vénération du chef l’essence et le socle de la communauté. Et sa descendance incarne in fine la pérennité de cet idéal. A l’instar d’Ali Bongo, Joseph Kabila ou Mahamat Deby, les fils Sassou N’guesso, Biya, N’guema Obiang patientent dans l’anti chambre du pouvoir, guettant le moment propice pour franchir le pas. Comme un passe-droit ou un dû carrément.

Le congolais Denis Kristel qu’on surnomme Kiki le pétrolier pour ses fonctions dans la compagnie nationale pétrolière, aiguise son apprentissage avec un cumul de postes de responsabilités, comme pour parer à l’éventualité de son futur job. Le bien cité ne navigue pas en eaux inconnues. Nommé ministre de la coopération internationale et de la promotion du partenariat public-privé l’an dernier, c’est un poste subtilement stratégique pour se créer un carnet d’adresse et un réseau en vue de préparer son arrivée au pouvoir. Ses hautes fonctions pétrolières lui confèrent des entrées de choix chez le partenaire historique, qui du reste est très alerte sur la question du dauphinat dans son pré carré.  Et comme la dimension spirituelle n’est jamais bien loin, le député d’Oyo, village présidentiel, est porteur de la tradition.

Il a été investi Mwana Ndeya (l’enfant de la prophétie) par le chef coutumier (Mwene) qui n’est autre que son président de père, de qui il est très proche. En attendant évidemment son intronisation a la tête du Parti Congolais du Travail (PCT), passage obligé avant le graal.

C’est le cas de Karim Wade dont la formation politique (PDS) fondé par son père s’est empressée déjà en 2017 de désigner comme candidat à l’élection présidentielle. Empêtré dans un feuilleton judiciaire depuis 2013 qui lui a valu d’être déchu de ses droits électoraux, il pourrait cependant signer son retour pour la prochaine échéance décisive de 2024 à la faveur d’une possible amnistie annoncé par le gouvernement sénégalais le mois dernier.

Reconfigurant ainsi le jeu politique en Téranga sous fond d’un troisième mandat hypothétique du président sortant Macky Sall. Il devait rentrer très prochainement de son exil qatari pour laver l’affront familial. C’est aussi une question d’honneur. Comme Denis Kristel, il bénéficie de l’entre-soi des réseaux d’influences qui rythme la politique africaine en zone francophone.

Teodorin N’guema Obiang Mangue, rattrapé par ses déboires parisiens s’est vu tout de même promu vice-président de l’état Equato-Guinéen. Lui qui accusait la justice française de s’acharner jalousement sur un africain qui avait réussi à la faveur de l’affaire des biens mal acquis, s’est depuis découvert soudainement une fibre panafricaniste.

Défense curieuse qui n’avait pas manqué de provoquer l’hilarité chez plus d’un, venant d’un ‘‘dandy’’ qui s’exaltait d’un train de vie privilégié à l’européenne, qu’il affichait ostensiblement. La famille Obiang fait la pluie et le beau temps dans ce petit  oasis pétrolier. Francisco Macias N’guema, premier président de la jeune république de Guinée équatoriale à l’indépendance en 1968, qui instaura un régime terrifian,  sera déposer lors d’un coup d’état par son neveu Teodoro N’guema Obiang Mbasogo en 1979, qui préside depuis les destinés de ce pays.

Le plus ancien président en exercice au monde, en dépit des démêlées judiciaires de son fils, ne désespère pas à en faire son successeur indiscutable. Ce dernier fait profil bas depuis peu, et semble être résolu à arborer le costume.

Quant à Franck Biya il s’affiche inéluctablement comme le futur résident du palais de l’unité. Très actif lors de la dernière visite reconquête d’Emmanuel Macron à Yaoundé en juillet dernier, le fringant fils ainé de l’éternel président s’est pour le coup clairement illustrer comme potentiel présidentiable. A en croire ce duel de posture non verbal mais perceptible à la conférence de presse, entre le fils Biya et le non moins puissant ministre d’état Ferdinand N´goh N´goh.

L´homme qui détient désormais la délégation de la signature de Paul Biya s’affiche comme l’archétype de l’aile du RDPC qui conteste la transmission héréditaire du pouvoir. Et si la tournée du Jupiter, était une forme d’esquisse d’arbitrage avant l´heure ? Une chose est sure, l’omniprésence subite de Franck Biya intrigue.

De plus, ces banderoles innocentes aux louanges dithyrambiques à sa gloire observées tout le long du cortège participent à exacerber les spéculations. Et la question continue de tarauder les sceptiques au pays des lions indomptables : va-t-il se lancer ou pas ? Parce que cet entrepreneur de 51 ans aime cultiver le mystère, il a de qui tenir. Jusque-là en marge des joutes politiques, le crépuscule d’un règne interminable et les convoitises que cela engendre l’ont sans doute convaincu s’inviter progressivement dans le paysage politique.

Aussi, une certaine appréhension sur le péril que peut encourir le clan et sa horde de laudateurs  si celui-ci ne gardait pas main, suffit à ouvrir ses appétits présidentiels.

Destin tout tracé pour ces fils de dirait-on. Ils s’inscrivent dans la continuité d’un ordre établi. Celui de la consolidation d’un lourd héritage françafricain empreint de liaisons sulfureuses et de compromissions. Pourquoi aller donc à l’encontre d’une trajectoire toute tracée? Devraient-ils s’émanciper de cette Nomenklatura afin de s’affirmer autrement ?

Ou croulent-ils trop sous le poids d’un nom trop lourd à porter pour oser sortir de cette vision élitiste d’ayants droits et enfin vivre pour soi, vivre ses choix ? Prendre le contre-sens du prévisible en se greffant pourquoi pas à ce nouvel élan panafricain, désireux de rompre avec ces dynamiques obsolètes et inefficaces ?

De l’audace il en faudra, du sacrifice assurément.

 

LOIC DAMAS

Pouvoirs-Magazine

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