Chorégraphie: Dans 978 ans… d’une dystopie envahissante

1 an

Hermann Nikoko revendique le statut d’un chorégraphe engagé dans son époque.

La dimension politique et sociale de son œuvre prend de plus en corps dans la trame de ses créations. Prenez par exemple sa dernière création « Dans 978 ans » présentée en grande première le vendredi 3 février en début de soirée à l’Institut Français (Plateau). Dans un scénario futuriste , le chorégraphe nous fait une piqûre de conscience à grands thèmes sur la trajectoire du monde actuel .

L’emprise du numérique , les catastrophes environnementales, les déviances morales, la menace du nucléaire, les déraisons scientifiques. Le chorégraphe de la Compagnie Dumanlé balade son regard inquiet et sombre ces sujets. Il met en scène, dans la gestuelle et les pantomimes de ses danseurs-interprètes, une société imaginaire en l’an 3000 , soit dans 978 ans ( il faut préciser la création a débuté en 2022, financé dans le cadre du programme Art’Venir du Goethe-Institut Abidjan) où “dépression”,”déshumanisation”, “enfant-chien “, “enfant sold out”, etc., sont les maîtres mots. Pièce mêlant danse, musique et slam, l’orchestration du jeu des acteurs est bien pensée.

Dans un tableau de dérèglement atypique, la voix narrative ( incarnée par le slameur Placide Konan) ,comme envoyée du futur, déclame l’état de transhumanisme , d’eugénisme, et de certains “apocalypsmes” ( permettez-nous le néologisme) prédominants. Le souffle est vivant, poignant, piquant. Loin du discours standardisé d’un idéal social où “la raison humaine se retrouve au dessus de la raison elle-même ».

Oiseau de lugubres augures au milieu d’une terre corrompue. Cette dystopie décadente de “Dans 978 ans…” est appréhendée aussi dans son atmosphère musical. Bomou Bassa, musicien de génie, déroule sur scène , accompagné de Lery Sankofa, une orchestration live ( piano, caisse calebasse, flûte traditionnelle ) méditative et troublante. Univers mélodique entre suspense et sons noirs complexes, bref, un imaginaire sonore dynamique.

Certes, La pièce, manifestement, décrit l’épouvante d’un idéal du monde en passe de se disloquer, de se dissiper. Mais en même temps, elle ouvre le champ d’un possible retour aux vertus. La pièce interroge la conscience de tous pour la recherche des vérités nécessaires à l’édification d’une nouvelle foi humaine. Et cette descente aux enfers d’une durée de 55 minutes est un précieux rituel initiatique pour s’engager à réinventer l’ordre mondial.

On ne ressort pas indifférent de cette représentation.

Pouvoirs Magazine

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