Hommages académiques à Tanella Boni:Une œuvre intellectuelle profonde, libre et sensible à faire vivre

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C’est dans une vive affliction que la communauté universitaire de Côte d’Ivoire pleure encore le rappel à Dieu de la professeure Tanella Boni.

Figure majeure de la philosophie et de la littérature ivoiriennes, décédée le 15 septembre 2026 à Toulouse, à l’âge de 72 ans.

En sa mémoire, une cérémonie d’hommage académique s’est tenue dans la soirée du mercredi 7 octobre. C’était à l’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody. Preuve de la déférence et de l’émotion de la communauté académique, l’esplanade de l’institution s’est révélée trop étroite. Pour accueillir la foule venue honorer la mémoire de la défunte.

Au cours de la cérémonie, les autorités rectorales, les doyens d’UFR et les confrères de la disparue ont partagé leurs témoignages. Refusant de s’abandonner à la seule douleur, les orateurs ont magnifié les qualités cardinales qu’incarnait la professeure. Son amour du prochain, son ardeur au travail et son dévouement à l’intelligentsia ivoirienne.

L’alliance entre philosophie et création littéraire s’est manifestée dès sa jeunesse. À l’âge où ses pairs s’adonnaient aux romans sentimentaux, l’élève de troisième qu’elle était avait déjà achevé la lecture intégrale de La République de Platon. C’est sous le signe de cette rigueur conceptuelle que cette illustre plume fit son entrée dans l’univers des lettres. Son œuvre restera le témoignage d’une littérature réflexive.

Laquelle scrute le monde avec hauteur sans jamais sacrifier l’élégance du verbe.

Parce que la mort ne relègue jamais au passé les œuvres d’un créateur ou d’une créatrice, Suzanne Tanella Boni est et demeurera une figure intellectuelle majeure de Côte d’Ivoire. Philosophe, poétesse, romancière, essayiste et critique littéraire, elle était professeure titulaire de philosophie à l’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody. Elle y a profondément marqué le monde universitaire ivoirien. Elle fut également présidente de l’Association des écrivains de Côte d’Ivoire (AECI). Et membre éminente de l’Académie des sciences, des arts, des cultures d’Afrique et des diasporas africaines (ASCAD).

Son œuvre, profondément humaniste, explore les violences de l’histoire, la condition des femmes. Et le sort du continent africain. La bibliographie de Tanella Boni, particulièrement riche, traverse plusieurs genres littéraires. Matins de couvre-feu (2005) et Sans parole ni poignée de main (2023) comptent parmi les romans marquants de sa carrière d’écrivaine. Dans le domaine poétique, on peut citer Là où il fait si clair en moi (2017). Et L’avenir a rendez-vous avec l’aube (2011). Que vivent les femmes d’Afrique ? (2008) est un essai engagé dans lequel la professeure dresse un portrait contrasté

Et sans concession de la condition des femmes, de leurs luttes et de leur rôle sur le continent africain.

Femme de lettres au sens le plus noble du terme, Tanella Boni a consacré la majeure partie de sa vie et de sa carrière universitaire à l’Université Félix Houphouët-Boigny. Elle a également vécu et étudié en France, notamment à Paris, où elle a poursuivi ses études doctorales à l’Université Paris-Sorbonne. Elle a par ailleurs effectué plusieurs séjours de recherche et d’enseignement à l’international, notamment au Canada et aux États-Unis.

Tanella Boni était aussi la conceptrice et la directrice du festival Poéticales. Cette manifestation est née de sa volonté de faire sortir la poésie des cercles strictement académiques ou élitistes. Elle l’avait conçue comme une plateforme de diffusion tous azimuts. Destinée à rendre la poésie vivante et accessible au grand public, particulièrement aux jeunes. Cette scène aura notamment constitué l’une des rampes de lancement de plusieurs slameurs ivoiriens. Ils étaient regroupés au sein de la Fédération ivoirienne de slam-poésie (FISP).

Lors de la veillée académique du mercredi 7 octobre, le slameur Bee Joe a suscité une vive émotion au sein de l’assemblée réunie. Composée notamment d’éminentes personnalités du monde universitaire. Son texte poignant, C’est comme ça qu’on part ?, a ravivé la douleur de la disparition de cette grande figure intellectuelle.

La cinquième édition du festival, qui s’est tenue du 26 au 29 janvier 2026, aura été la dernière organisée du vivant de Tanella Boni. Elle explorait les liens étroits entre la création poétique et les nouveaux outils technologiques autour du thème « Poésie et numérique ».

Un concours international avait notamment permis de récompenser plusieurs lauréats venus de différents horizons.

« Tanella », comme l’appelait affectueusement le milieu culturel, défendait une exigence littéraire rare, où la beauté de la langue servait à observer le monde avec hauteur, à interroger les crises politiques et à dénoncer les injustices sociales. Présidente de l’Association des écrivains de Côte d’Ivoire de 1991 à 1997 et membre éminente de l’ASCAD, elle fut un pilier des institutions culturelles ivoiriennes.

Sa plume polyvalente manquera cruellement. Tanella Boni laisse derrière elle le vide immense d’une intellectuelle accomplie. Capable d’allier la profondeur de l’esprit à la sensibilité du cœur. Il revient désormais à la communauté universitaire et littéraire de faire vivre son héritage. De transmettre son œuvre et de prolonger les combats intellectuels et humanistes qui ont donné sens à sa vie.

Aaron Leslie

POUVOIRS MAGAZINE

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