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Steven Amoikon : quand les rythmes ancestraux rencontrent l’improvisation jazz

Dans un jardin transformé en scène à ciel ouvert, le guitariste ivoirien a proposé une exploration musicale audacieuse.

Entre percussions traditionnelles, jazz, basse rondes des années 1980 et incursions vocales, cette première mise en partage révèle une démarche artistique affranchie des frontières musicales.

À proximité de la paroisse Saint-Jacques des Deux-Plateaux, Steven Amoikon a choisi un cadre inhabituel pour dévoiler son univers. Le public n’a rejoint ni les espaces d’exposition de la Fondation Donwahi ni les salles traditionnelles de spectacle. Il s’est retrouvé au milieu des arbres et des plantes, face à une proposition musicale résolument ouverte.

Dans le public en face, l’artiste plasticien Jems Koko Bi, accompagné notamment de la journaliste de BBC Valérie Boni, Ousmane son époux. Puis Laurence Airline galeriste à Grand Bassam et Antoine Tako, président d’Abijazz. Cette présence témoigne de l’intérêt suscité par une démarche qui dépasse les seuls cercles musicaux.

Avant l’entrée en scène du guitariste, Jean Ebo au piano, Joël Azia à la batterie, Eliezer à la basse, plusieurs percussionnistes ont installé le paysage sonore. Les peaux tendues, frappées des paumes et des baguettes, ont fait surgir des rythmes organiques. Étonnamment, dans cet environnement végétal, le son ne semblait pas se disperser : il enveloppait progressivement l’espace.

Steven Amoikon a pris possession de sa guitare.

Son jeu rapide, précis et malicieux s’est risqué à courir sur des frappes percussives inattendues. Les basses rondes d’Eliezer, aux accents des grandes productions funk des années 1980, ont donné davantage de profondeur à l’ensemble.

Cette nuit bleue avait également une résonance familiale particulière. Dans le public se trouvait sa mère, Amoikon Marie-Agathe, à laquelle le musicien a tenu à exprimer sa reconnaissance. Après une quinzaine d’années consacrées à la musique, cet hommage personnel a révélé l’homme derrière l’exigence artistique.

La surprise est devenue émotion avec l’arrivée de Santé Hiol Divine. Invitée spontanément par Steven Amoikon, la chanteuse de blues a revisité Marvin Gaye avec une interprétation chaleureusement saluée. Le guitariste s’est alors révélé accompagnateur attentif et généreux.

Il a également prêté sa voix à certaines séquences, faisant surgir des atmosphères évocatrices du groupe Deep Forest.

C’est là que réside l’intérêt d’Ancestral Surrealism : non dans la juxtaposition de sonorités, mais dans leur confrontation créative. Steven Amoikon ne cherche pas à reproduire le jazz occidental ni à folkloriser les traditions ivoiriennes. Il explore leurs correspondances, accepte les dissonances et prend le risque de l’inattendu.

Cette première mise en partage laisse entrevoir une identité musicale encore en exploration, mais déjà singulière. Une proposition qui, parce que novatrice, interroge, déstabilise avant de rassurer et séduire, et dont la liberté constitue précisément la principale richesse.

ALEX KIPRE

photo:POUVOIRS MAGAZINE

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