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Côte d’Ivoire : le courage politique ne dispense pas de hauteur

L’épisode interroge la responsabilité des leaders, la solidarité entre opposants et les conditions nécessaires à une compétition démocratique pluraliste.

En politique, une phrase prononcée devant un large public peut révéler moins du courage que la conception du pouvoir.

La sortie de Tiémoko Assalé sur la peur et l’engagement politique mérite ainsi davantage qu’un simple commentaire partisan.

En laissant entendre que Tidjane Thiam aurait quitté le terrain par crainte, il choisit une lecture d’une situation complexe.

Or, dans un pays marqué par une histoire politique, la prudence devrait précéder les jugements sur les choix adverses.

Thiam, après son passage à Soubré, avait suscité une attention politique que ses adversaires ne pouvaient raisonnablement ignorer alors.

L’enjeu n’était donc pas de l’encenser, mais de rappeler que tout opposant doit pouvoir exercer librement ses responsabilités politiques.

Assalé aurait pu défendre ce principe sans cautionner Thiam, sans partager ses positions, et sans renoncer à sa propre ambition.

Une posture aurait exprimé une hauteur d’État, plutôt qu’une compétition de virilité où le courage devient une arme rhétorique.

Le paradoxe est cruel.

Assalé aurait lui-même été victime d’une agression, selon les éléments évoqués dans ce débat public.

Si cet épisode est confirmé, il rappelle que nul politique ne devrait banaliser les risques encourus par ses concurrents dans l’espace public ivoirien.

Dans les démocraties solides, les divergences n’empêchent pas les responsables de se mobiliser lorsque les libertés politiques sont menacées.

Cette solidarité ne suppose ni alliance permanente ni proximité idéologique. Elle affirme simplement des règles communes de protection démocratique.

L’attitude de Simone Gbagbo face à la validation de sa candidature illustre la tentation des principes à géométrie variable.

Au fond, la crise dépasse les rivalités individuelles : elle questionne une opposition incapable de transformer ses vulnérabilités en solidarité.

Sans culture du collectif, la concurrence interne affaiblit les contre-pouvoirs et laisse les citoyens seuls face aux déséquilibres institutionnels.

La maturité politique se mesure moins aux leçons de courage qu’à défendre les droits de tous, adversaires compris également.

La Côte d’Ivoire gagnerait à voir émerger une opposition capable de défendre les libertés de chacun, même lorsque ses intérêts divergent.

ALEX KIPRE

PHOTO: @To

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