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Hommage à Tanella Boni L’UFHB célèbre une conscience majeure de la pensée et de la littérature ivoiriennes

À travers une veillée académique organisée le 7 octobre 2026, l’Université Félix Houphouët-Boigny a salué la mémoire de la philosophe, poétesse, romancière et essayiste Suzanne Tanella Boni.

Un hommage à la hauteur d’un parcours qui aura durablement marqué la vie intellectuelle ivoirienne et contribué au rayonnement de la pensée africaine.

L’esplanade de la présidence de l’Université Félix Houphouët-Boigny (UFHB) s’est transformée, ce mercredi 7 octobre 2026, en un espace de mémoire et de reconnaissance. La veillée académique consacrée à Suzanne Tanella Boni, décédée le 18 septembre dernier, a rassemblé des enseignants-chercheurs, des étudiants, des personnels administratifs et des acteurs du monde culturel pour célébrer une intellectuelle dont l’œuvre a établi des passerelles fécondes entre philosophie, littérature et questionnement du monde contemporain.

Au-delà du recueillement, cette rencontre a donné à voir ce que représente la disparition d’une figure de cette envergure pour une communauté universitaire : la perte d’une enseignante et d’une chercheuse, certes, mais aussi celle d’une voix singulière dont la pensée et la création littéraire ont nourri la réflexion sur l’Afrique, ses sociétés et son inscription dans le monde.

Au croisement de la philosophie et de la littérature

Philosophe, poétesse, romancière et essayiste, Tanella Boni a construit un parcours intellectuel qui échappe aux cloisonnements disciplinaires. Son engagement dans l’enseignement supérieur et la recherche s’est accompagné d’une œuvre littéraire et philosophique attentive aux réalités africaines, aux tensions du monde contemporain et aux interrogations fondamentales de la condition humaine.

Cette pluralité constitue l’une des dimensions remarquables de son héritage. Chez elle, la pensée ne se limite pas à l’élaboration conceptuelle, pas plus que la littérature ne se réduit à l’exercice esthétique. Toutes deux participent d’une même exigence : interroger le réel, éprouver les idées et ouvrir des espaces de réflexion sur les sociétés humaines.

En inscrivant cet hommage dans l’enceinte universitaire, là où elle a professé durant de longues années, l’UFHB a ainsi renoué avec l’un des lieux essentiels de l’engagement de Tanella Boni : celui de la transmission des savoirs, de la confrontation des idées et de la formation des consciences.

L’université salue une enseignante et une intellectuelle engagée

Au cours de la cérémonie, le président de l’UFHB, le professeur Ballo Zié, a salué un parcours marqué par l’exemplarité et la richesse des expériences. « Le parcours du professeur Tanella Boni est de ceux qui marquent les esprits. Un parcours exemplaire, inspirant, riche d’expériences d’une femme de valeur », a-t-il déclaré.

Le président de l’institution a également mis en lumière sa contribution à la formation et à l’éducation, notamment au sein de l’Unité de formation et de recherche Sciences de l’Homme et de la Société (UFR SHS), où elle a enseigné la philosophie. Il a souligné son apport à la littérature ivoirienne, ainsi que son engagement en faveur du dialogue interculturel et de la tolérance.

Son témoignage rappelle la place qu’occupait Tanella Boni dans l’institution : celle d’une universitaire dont l’activité pédagogique s’inscrivait dans une démarche intellectuelle plus large, attentive à la circulation des idées et au dialogue entre les cultures.

Pour le directeur de l’UFR SHS, le professeur Nassa Dabié Désiré Axel, la disparition de Tanella Boni constitue une perte considérable à plusieurs échelles. « La Côte d’Ivoire perd l’une de ses plus grandes voix intellectuelles », a-t-il affirmé, estimant que l’Afrique perd également « une de ses penseuses les plus lumineuses » et l’UFHB « une de ses plus fidèles servantes ».

Trois formules qui résument, chacune à son niveau, la portée de cette disparition : nationale, continentale et institutionnelle.

Une mémoire intellectuelle portée par ses pairs

La veillée a également été marquée par les interventions de plusieurs universitaires, notamment les professeurs Yacouba Konaté, Coulibaly Adama, Bamba Lou Mathieu et Adom Marie Clémence. Leurs évocations ont permis de revenir sur les différentes facettes de l’héritage de Tanella Boni, de son apport à la philosophie et à la littérature à son rôle dans la formation de générations d’étudiants et de chercheurs.

Dans un tel contexte, cet hommage académique dépasse la seule célébration d’un itinéraire individuel pour participer à la constitution d’une mémoire intellectuelle collective, indispensable à la compréhension de l’histoire des institutions, des disciplines et des idées qui les traversent.

Pour le monde universitaire et littéraire, cette mémoire ne saurait toutefois se limiter aux témoignages prononcés lors d’une cérémonie. Elle appelle aussi un travail durable de transmission, de lecture et d’analyse critique de l’œuvre. Car honorer une intellectuelle, c’est également maintenir sa pensée en circulation, confronter ses textes aux questions du présent et permettre aux nouvelles générations de s’en approprier les ressources.

Faire vivre l’héritage au-delà de l’hommage

En consacrant une veillée académique à Tanella Boni, l’Université Félix Houphouët-Boigny a réaffirmé le rôle de l’université comme espace de savoir, mais aussi comme institution de mémoire. Un lieu où les œuvres et les parcours sont reconnus pour leur contribution à la vie intellectuelle, à la formation et au débat public.

La disparition de la philosophe, poétesse, romancière et essayiste laisse un vide dans le paysage culturel et universitaire ivoirien. Son héritage, cependant, demeure accessible à travers ses écrits, ses enseignements et les réflexions qu’elle a suscitées.

Pour que cet héritage conserve toute sa vitalité, l’émotion du deuil devra se prolonger dans l’étude de son œuvre, sa diffusion et sa transmission. C’est à cette condition que la mémoire de Tanella Boni continuera de nourrir la pensée critique et la création littéraire, bien au-delà de l’enceinte universitaire où ses pairs et ses héritiers intellectuels se sont réunis pour lui rendre hommage.

M’Bah Aboubakar

POUVOIRS MAGAZINE

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