FELA DAY DU 9 OCTOBRE : quatre ans après, Assohoun Pierre remet le feu de Fela Kuti

3 semaines

Le 9 octobre, Abijazz rallume la flamme de l’Afrobeat à l’Institut français de Côte d’Ivoire.

Quatre ans après une première plongée dans l’univers du « Black President », Pierre-Aimé Assohoun revient sur scène pour une nouvelle traversée de l’œuvre de Fela Kuti. Avec Pat Sax en première partie, cette soirée promet de conjuguer groove, jazz, transe et mémoire.

 Le 9 octobre 2026, l’Institut français de Côte d’Ivoire accueillera Fela Day, une soirée entièrement consacrée au père de l’Afrobeat. Et pour reprendre le flambeau, un homme qui connaît déjà le terrain : Pierre-Aimé Assohoun.

Le saxophoniste ivoirien n’arrive pas ici en simple interprète venu aligner quelques standards. Il revient vers une œuvre qu’il avait déjà abordée avec respect, curiosité et cette volonté, exprimée à l’époque, de « rendre justice » à une musique parfois méconnue ou mal comprise.

Quatre ans après, le même feu, une autre lecture

En novembre 2022, au Dycoco, Assohoun s’était confronté à la haute silhouette de Fela. Entouré de musiciens venus lui prêter main-forte — Yann Bana au chant, Dr Saddain à la guitare, Kpan Joël à la basse, Edi Hamel à la trompette, Jean Marie Sax au ténor, Isaac Kemo  — il avait entrepris de faire revivre cette mécanique musicale si particulière : longues plages instrumentales, répétitions hypnotiques, montée progressive de la tension, dialogue permanent entre le rythme et l’improvisation.

Ce soir-là, les surprises avaient été au rendez-vous. Au détour du répertoire de Fela, « Onua pa due », le classique ghanéen composé par Jerry Hansen des Ramblers Dance Band of Ghana, était venu rappeler que l’Afrobeat de Fela ne s’est jamais construit en vase clos. Il est le fruit d’un vaste brassage africain, américain et diasporique, où le jazz, le highlife, le funk et les traditions rythmiques africaines ont appris à respirer ensemble.

Aujourd’hui, Assohoun revient donc à cette œuvre avec le bénéfice de cette première expérience. Quatre années ont passé. Le regard s’est déplacé, l’écoute s’est approfondie, mais le matériau demeure incandescent.

Fela, ou l’art de faire du groove une arme

Chez Fela, le groove n’est jamais une simple affaire de tempo. Il est une architecture. Une façon de faire durer le morceau jusqu’à ce que le corps comprenne avant même que l’esprit ne formule.

Le saxophone y occupe une place centrale. Il ne se contente pas de ponctuer : il harangue, provoque, questionne. Chez Fela, le ténor devient presque une voix supplémentaire, un prolongement du corps et de la parole. Il peut rugir, siffler, tourner autour d’un motif, revenir obstinément sur une phrase jusqu’à transformer la répétition en transe.

C’est précisément ce territoire qu’Assohoun avait entrepris d’explorer lors de son premier hommage. Son approche ne consistait pas à reproduire servilement Fela. Mais à entrer dans son écriture pour en comprendre la logique intime.

« La musique de Fela nous ramène à nos fondamentaux, à la pulsation, au groove », nous expliqua t-il alors. Une formule qui dit beaucoup de sa démarche : retrouver le mouvement premier, celui qui précède la virtuosité et qui donne à la musique sa nécessité.

Du jazz à l’Afrobeat, une conversation naturelle

Fela Day ne sera donc pas une soirée de reconstitution historique. Ce sera une rencontre.

Une rencontre entre l’écriture afrobeat et la liberté du jazz, entre les riffs obstinés et les échappées improvisées. Entre la mémoire d’un répertoire et le souffle de musiciens d’aujourd’hui.

Les amateurs de Fela retrouveront cette esthétique faite de répétitions, de ruptures, de nappes rythmiques et de longues respirations instrumentales. Ceux qui connaissent moins l’univers du musicien nigérian pourront, eux, découvrir une musique dont l’influence dépasse largement les frontières du Nigeria.

Car Fela ne se résume pas à quelques titres emblématiques. Il a laissé une grammaire musicale. Une manière de penser le morceau comme un espace collectif où la basse installe le mouvement. Un espace où les percussions fabriquent la transe, où les cuivres frappent comme une section de combat et où le saxophone peut s’offrir toutes les libertés.

Assohoun, entre fidélité et appropriation

La difficulté d’un hommage à Fela est là : comment rester fidèle sans devenir imitateur ?

Assohoun semble avoir choisi sa réponse depuis longtemps. Approcher l’œuvre avec respect, en préserver l’esprit, mais laisser parler sa propre identité musicale.

Lors de son premier hommage, il rappelait que Fela était un compositeur dont les morceaux, souvent longs et très structurés, laissaient une large place aux improvisations instrumentales. C’est précisément dans cet espace que le jazz peut entrer sans forcer la porte.

Le saxophoniste ivoirien possède pour cela un terrain de jeu particulièrement fertile. Compositeur, interprète et explorateur des musiques africaines, il a déjà montré son goût pour les croisements. Son travail autour de l’Afrobeat s’inscrit ainsi dans une démarche plus large. Celle d’une musique africaine qui connaît ses racines mais refuse de les considérer comme des frontières.

Pat Sax pour ouvrir la soirée

Avant que le Fela d’Assohoun n’entre en scène, Pat Sax aura la responsabilité d’ouvrir les hostilités musicales. Une première partie qui devrait installer progressivement l’atmosphère et préparer les oreilles à cette longue montée en puissance propre aux musiques de groove.

Car une soirée consacrée à Fela ne se consomme pas comme un simple concert. Elle se vit.

On vient écouter, certes. Mais aussi se laisser traverser par les basses, les cuivres, les percussions et ces motifs qui reviennent jusqu’à devenir presque physiques.

Quatre ans plus tard, la musique continue

Entre la première expérience et ce nouveau rendez-vous, il y a donc plus qu’une date dans un calendrier. Il y a une continuité.

Celle d’un musicien ivoirien qui revient vers une œuvre majeure avec une expérience supplémentaire dans les oreilles et dans les doigts. Celle d’Abijazz, qui poursuit son travail de passeur entre jazz, musiques africaines et créations contemporaines en proposant une deuxième édition avec Jean Marie Sax, une troisième avec Ruth Tafébé et le 9 octobre prochain la quatrième avec Assohoun. Et surtout celle de Fela, dont la musique continue de voyager, de se transformer et de trouver de nouveaux interprètes.

Le 9 octobre, à l’Institut français de Côte d’Ivoire, le saxophone d’Assohoun aura donc une nouvelle fois rendez-vous avec celui de Fela.

Quatre ans après, la flamme n’a pas refroidi.

Elle a simplement changé de souffle.

Fela Day — 9 octobre 2026 — Institut français de Côte d’Ivoire
Guest : Pierre-Aimé Assohoun
Première partie : Pat Sax

Une soirée pour écouter Fela, bien sûr. Mais surtout pour comprendre pourquoi, des décennies après ses premières batailles musicales, son groove continue de battre comme un cœur qui refuse de s’arrêter.

ALEX KIPRE

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