Portrait. Paul Yao-Yao, le souvenir d’une légende de « la balle à la main » disparue*

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Le 07 mai 2013, la journaliste de sport Elisabeth Goli consacrait un portrait à Paul Yao-Yao, figure marquante du handball ivoirien, dont le parcours avait été intimement lié à l’histoire de cette discipline.

Treize ans plus tard, son décès, survenu ce samedi 12 septembre, donne une résonance particulière à ce témoignage qui retrace la trajectoire d’un homme de conviction, de passion et de travail.

Vous êtes invité à lire ou à relire ce portrait consacré à Paul Yao-Yao, en hommage à cette grande figure du handball ivoirien.

On l’a toujours pris pour un professeur d’éducation physique. Alors qu’il était professeur d’histoire et Géographie. Cette confusion est née du fait que Paul Yao-Yao a marqué de son empreinte le handball ivoirien. D’abord en tant que joueur en club et en sélection nationale. Ensuite comme coach et enfin comme directeur technique national. Le sport ne lui a pas ouvert les portes malgré sa popularité. Il s’est fait et forgé une âme de gagneur, de travailleur avec ses capacités humaines. Il est l’un rare sportif de sa génération à n’avoir pratiqué qu’une seule discipline, le handball. Doué, sans diplôme d’entraîneur, il a été coach et directeur technique national.

Sa rencontre avec le handball

Il était frêle et n’avait pas la corpulence pour jouer au football. Il a commencé le handball en classe de 4eau Collège d’orientation de Bouaké (ex-Cob) au cours de l’année scolaire 1968-1969. Paul Yao Yao avait commencé au poste de demi-centre avant de migrer à l’arrière latéral gauche. Et de revenir au poste de ses premières amours. Sa rencontre avec le handball est différente de certains de ses condisciples dont les talents ont été décelés par des enseignants et les ont encouragés. Paul Yao-Yao a quant à lui fait un choix lucide en fonction de la réalité qui s’offrait à lui : sa forme et son jeune âge.

« Tout partait des cours d’Eps qui nous permettait de voir nos aptitudes.

J’étais très jeune et au football c’était des joueurs qui étaient grands et robustes. J’ai compris que je n’avais pas de chance d’évoluer dans ce sport et j’ai préféré le handball qui ressemblait à la fois au foot et était différent. Au collège, c’est dans cette discipline que les plus jeunes avaient plus de chance», explique-t-il. Il découvre tout de même ce sport à l’école autour des années 1960-1970. « J’ai commencé ma carrière au collège, parce que c’est là que j’ai découvert le handball. Il y avait des compétitions de handball à l’Oissu et nous découvrions ce sport qui était nouveau ».

Dès cet instant, plus rien ne peut l’arrêter surtout qu’il a la caution de papa et maman.

« Mes parents qui étaient des enseignants et sportifs qui n’étaient pas des sportifs n’ont ménagé aucun effort à m’encourager dans la pratique du sport ». Son premier match fut contre le Collège moderne de Katiola qu’ils avaient battu dans une rencontre de l’Oissu. Et cette saison, son établissement a été champion de l’Oissu.

 

Beaucoup de gloires, peu de trophées

Paul Yao-Yao a marqué les esprits des sports ivoiriens et des amoureux de la petite balle. Il plaisait par son jeu et son humour qu’il a toujours gardé. Il n’était certes pas technique. Mais à force de travail et d’abnégation, il a fini par s’imposer et se faire un nom dans ce milieu qu’il qualifie de communauté.

« Je travaillais beaucoup et mon entraînement faisait peur. Ce n’était pas méchant. Cela faisait partie de l’ambiance ». Et qui l’appréciait et le lui rendait bien « Il n’y avait pas assez de qualifiés. Nous étions une communauté. On se connaissait tous. La plupart de mes amis sont issus de cette communauté. Lorsqu’on jouait, ils venaient nous assister ».

Quand on évoque l’histoire du handball ivoirien, on ne peut pas ne pas faire allusion à lui. Malgré cette belle carrière, il a un maigre palmarès.

Au plan international, il ne compte pas de lauriers.

Plusieurs raisons expliquent cela : le manque de moyens (infrastructures, mauvaises préparations, etc…). Les seuls titres, il les a eus avec l’Auc et l’Us Ran. De 1973 à 1978, il a été champion de Côte d’Ivoire. Il a aussi été champion de Côte d’Ivoire avec la jeune équipe de l’Us Ran en tant qu’entraîneur-joueur avec des joueurs comme Fortuna Yao-Yao (son frère cadet), Dah Pierre, Akpa Guy, Coulibaly Gervais, Coulibaly Magloire, etc.

Avec ce titre, il goûte à nouveau à une compétition africaine. Bien que leur participation ait été brève, il garde de bons et beaux souvenirs. Surtout des « jeunes loups » qu’il dirigeait. «Mon palmarès est très mince. Nous avons perdu deux fois la finale de l’Oissu. Au niveau internationale, cela s’explique par le fait que nous avions de mauvaises préparations contrairement aux équipes de l’Afrique du Nord qui avaient les infrastructures appropriés ».

La participation aux compétitions internationales, il en compte énormément : les jeux universitaires, les championnats d’Afrique, les jeux africains, etc. Avec le handball, il a visité de nombreux pays. « Mes parents ne pouvaient pas me faire voyager. Le handball m’a beaucoup fait voyager. J’ai connu plusieurs pays de la sous-région, et autres grâce à ce sport ».

Sa première sélection et sa suspension

A peine sélectionné en 1972 pour les jeux africains de 1973, il est suspendu sans avoir intégré la formation des Eléphants. « J’étais en classe de terminal au Lycée classique de Bouaké. J’ai fait le choix de passer le Bac et ne pas rentrer en équipe nationale. Je ne voulais pas hypothéquer mes études pour le handball. J’ai donc été suspendu par la Fédération en fonction de la règlementation pour une année. J’ai purgé ma peine avant de réintégrer l’équipe nationale par la suite grâce à mes prestations qui n’ont pas baissé». Ce n’est qu’à son arrivée à l’université qu’il rejoint la sélection aux côtés d’Inza Camara, Anicet Yedia, Gobé Léon, Tra Bi Louis, Diomandé Daniel, Logbo André, Yao André, Azagoh Valentin, etc.

L’Auc et l’UsRan

Il n’a pas été tiraillé dans le choix d’un club après le Lycée classique de Bouaké. Une fois à l’Université de Cocody au département d’Histoire et Géographie, c’est tout logiquement qu’il choisit d’évoluer à l’Abidjan université club (Auc). « L’Auc m’offrait toutes les commodités et conditions de travail. J’étais logé sur la Fac où je prenais les cours. L’université regorgeait de toutes les infrastructures sportives où nous nous entraînions.

C’est tout logiquement que mon choix s’est porté sur ce club. Mes études importaient pour moi et donc il fallait que je sois dans un cadre adéquat propice à cela. Et c’est l’Auc qui répondait à ces critères ». Après l’Auc où il a connu des moments glorieux, il retourne  dans la cité qui a bercé son enfance et qui a vu éclore son talent d’handballeur : Bouaké. Une fois dans cette cité, Enseignant dans un établissement de la place, il ne lâche pas sa discipline de prédilection. Il devient entraîneur-joueur de l’Us Ran. Avec cette formation, il remporte le titre de champion de Côte d’Ivoire en 1978. Et dispute une phase finale de Coupe d’Afrique. « C’était un moment fabuleux. C’était une équipe de lycéens qui avait réussi à se hisser sur la première marche du podium. Et c’était formidable ».

Pablo côté jardin et familiale

Il a eu une enfance tranquille et heureuse. Ses parents, en particulier le père Jules Yao-Yao a inscrit son nom dans les annales de l’éducation nationale ivoirienne. « L’attitude de mes parents m’a conforté dans mon choix. Je devrais être réussir mes études et ne pas leur causer d’ennuis. Il m’ont donné une autonomie de choix ». A l’instar du père, les garçons de cette famille de dix enfants n’ont pas voulu demeurer en reste du travail bien. Sur les dix enfants que comptait la famille, les garçons ; quatre ont fait le sport de haut niveau. Les deux aînés ont émergé au handball (Paul et Fortuna) et les deux autres (qui ne sont plus de ce monde, Jules et Georges) ont été deux grandes figures du basket ivoirien.

Ses parents n’ont pas fait obstacle à sa pratique sportive.

Ils l’ont plutôt encouragé et ne manquaient pas d’assister aux matches lorsque l’Auc se déplaçait à Bouaké. Le plaisirs mondains ne faisait pas partie de ses choix. Il avait opté pour ses études. Il est marié et père de trois enfants. Seul l’un de ses fils a fait du judo et pratique aujourd’hui le golf. « J’ai eu les mêmes rapports que mes parents ont eu avec moi.

Mes enfants ont la liberté de faire ce qu’ils veulent comme sport. Je ne les oblige pas. D’ailleurs, les filles ne font pas le sport ». Il a aussi mis fin à sa carrière après son sacre de champion de Côte d’Ivoire avec l’Us Ran de Bouaké pour se consacrer à sa famille. « J’étais marié et c’était difficile de continuer à jouer ou à entraîner si je voulais avoir une bonne vie de foyer. J’ai fait le choix de a famille en 1978 ».

Souvenirs, souvenirs…

Comme tous bons joueurs, il en a à profusion. La finale que l’Auc gagne en 1977 à Dimbokro contre le Red Star sa grande rivale. La Can d’Alger en 1976, sa découverte du parquet. « C’était impressionnant, je découvre une salle couverte et on joue devant environ 10 000 personnes. On a fini 7e, et c’était un miracle que nous soyons à cette compétition ». Il a gardé aussi de bons souvenirs des clubs et de l’équipe nationale du Togo qui ont été des bêtes noirs pour la Côte d’Ivoire.
« Le Togo a été un grand pays de handball. Ils avaient fait à l’époque une belle politique qui a consisté à mettre sur pied une équipe avec un entraineur Roumain qui fait une équipe redoutable dans la sous-région ».Comme mauvais souvenir, la défaite en 1973 en finale de l’Oissu contre Bingerville.

« Le match était initialement prévu au stade Houphouët-Boigny.

Avant d’être délocalisé dans leur antre à Bingerville. Ils avaient un gardien extraordinaire qui plongeait comme un gardien de foot. Ils nous ont battus et c’était dur. Le deuxième, c’était ma défaite à Bouaké devant le public venu me voir. J’ai pleuré au stade ».Il a aussi gardé de bons souvenirs d’Alain Pezzi, l’entraîneur de l’Auc. « Il avait une vision, il savait lire l’adversaire et nous a beaucoup façonné. J’ai été impressionné par ses méthodes ». Concernant les présidents de Fédération, il reste admiratif devant les gestions de Christophe Yapo et André Yacé.

C’est la mort dans l’âme qu’il regarde le handball ivoirien tomber dans les ruines.

Il a assisté pour la dernière fois aux Can cadet et junior organisés par la Côte d’Ivoire l’année dernière (2012) au parc des sports. Il ne se réjouit pas de cette mauvaise prestation des Eléphants.

Homme de conviction et de choix, il a toujours été guidé par un idéal : bien faire, d’aller de l’avant et marqué son temps. Ce qui explique sa belle trajectoire professionnelle. Professeur d’Histoire et Géographie, il a été Inspecteur de l’enseignement primaire, des postes de responsables au Ministère de l’éducation nationale, à Save The Children et Conseiller technique chargé de l’éducation et de l’enseignement technique à la Primature.

Elisabeth Goli

*le titre est de POUVOIRS MAGAZINE

POUVOIRS MAGAZINE

 

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