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LS N’ONT TOUJOURS PAS COMPRIS QUE LE PAYS A CHANGÉ.

A. Sylla, éditorialiste attarde son propos  sur l’ancien ministre ivoirien. Longtemps habitués à une époque où la politique semblait pouvoir tout permettre, certains acteurs, selon lui, peinent encore à mesurer la profondeur des mutations intervenues en Côte d’Ivoire.

Entre judiciarisation des comportements, renforcement des institutions et évolution des rapports de force, les certitudes d’hier se heurtent désormais à une nouvelle réalité : nul ne saurait se croire durablement au-dessus du droit.

« Fort d’un titre usurpé d’ancien ministre d’une République mort-née, il aimait à se pavaner sur les plateaux de télévision et sur les scènes politiques, assénant contrevérités et certitudes contrefaites avec un aplomb que les faits démentaient pourtant. La recherche du buzz était son terrain de jeu favori. Aujourd’hui, le voilà dans les fers de la détention, rattrapé par une réalité qu’il croyait n’être que virtuelle et qu’il s’évertuait à travestir.

Que ne comprennent-ils donc pas que la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui n’est plus celle où, hagard et ébaubi, on prétendait « voir le dos du nageur » sans jamais l’inquiéter ?

Bien entendu, certains, comme à leur habitude, viendront sous ce post déblatérer des insanités, proférer grossièretés et injures, hurler au harcèlement judiciaire, là où, très visiblement, des faits bien documentés sont clairement énumérés. Nous ne saurions toutefois leur en tenir rigueur, car chez eux, la menace politique et le réflexe de l’invective constituent un substitut commode à l’argumentation, surtout lorsque le raisonnement logique leur fait défaut.

Pour autant, la justice n’a pas vocation à s’effacer devant les clameurs politiques.

Dans cette affaire qui, somme toute, lui pendait au nez, il appartiendra désormais à un juge de dire le droit, dans le respect des procédures et des droits de chacune des parties. En attendant que cette interpellation, pour le moins attendue, lui fasse regarder sa pendule, chacun ferait bien de prendre la mesure du nouvel écosystème politique ivoirien, lequel, à bien des égards, diffère de celui que nous avons connu sous l’ère honnie de la refondation.

Les rapports de force ont en effet changé. L’État de droit est rétabli, les institutions ont considérablement évolué et, last but not least, l’idée selon laquelle certaines positions politiques pourraient conférer une forme d’immunité morale ou judiciaire appartient désormais à une autre époque.

La politique peut, en effet, protéger des carrières, mais elle ne saurait, à elle seule, suspendre le cours de la justice. Ceux qui l’ont oublié risquent de l’apprendre à leurs dépens.

Quant à tous les autres, ceux-là mêmes qui rêvent encore de revanche au cri de « La roue tourne ! » ou encore « Tout passe ! », qu’ils se rassurent donc. Nous savons parfaitement que la roue tourne, car c’est nous qui avons fait tourner la leur lorsque, disposant des leviers de l’État, ils en usaient avec une grande brutalité.

Brimades, humiliations, exclusions et mauvais traitements étaient alors notre quotidien. Ceux qui les ont subis n’ont absolument rien oublié.

Cette roue-là a déjà et définitivement tourné. Plus jamais ne reviendra ce régime.

Qu’entendent donc ceux qui ont des oreilles, car nous avons dit. »

A.SYLLA

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