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À Abidjan, une chambre d’hôtel raconte une histoire qui dépasse Seun Kuti

Et si une chambre pouvait conserver une mémoire ? Au Bushman Café, Alain Porquet transforme un espace hôtelier en fragment vivant d’histoire musicale africaine.

Il y a des chambres où l’on dort, et puis celles où une histoire décide soudainement de prendre résidence durablement.

Au Bushman Café, Alain Porquet vient précisément de faire ce pari singulier, presque cinématographique, autour du nom Kuti.

La prochaine étape sera spectaculaire : Seun Kuti inaugurera lui-même cette chambre, samedi cinq décembre, devant plusieurs invités officiels.

Parmi eux figurera l’ambassadeur du Nigeria en Côte d’Ivoire, donnant à cette cérémonie une portée dépassant largement l’hôtellerie.

Car derrière le geste, il existe une vieille histoire, celle de deux hommes que la culture africaine avait rapprochés.

Fela Kuti et Niangoran Porquet furent amis, à une époque où les artistes circulaient autrement entre Lagos et Abidjan.

Cette proximité appartient désormais aux souvenirs, mais Alain Porquet choisit de lui offrir une seconde vie concrète.

Pas dans un livre, pas dans une photographie, mais derrière une porte, avec un lit et quelques murs.

La chambre dédiée à Seun devient ainsi une curieuse machine à remonter le temps, reliant plusieurs générations de créateurs africains.

D’un côté, Fela, père fondateur, révolutionnaire musical et voix radicale contre les injustices politiques de son époque.

De l’autre, Seun, son fils, qui continue de faire vibrer Egypt 80 sans accepter de devenir seulement héritier.

Entre les deux, Abidjan apparaît comme un territoire de passage, de rencontres, de musique et de fidélités anciennes.

La capitale ivoirienne accueillera d’ailleurs Seun Kuti pour deux concerts, les quatre et six décembre, dans deux lieux emblématiques.

Mais avant les décibels, les cuivres et les longues envolées d’Egypt 80, une porte s’ouvrira autrement.

Derrière elle, le nom de Seun Kuti ne sera pas seulement affiché : il sera inscrit dans une mémoire ivoirienne.

Cette initiative raconte finalement quelque chose de très simple : certaines amitiés refusent de disparaître avec ceux qui les ont commencées.

Alain Porquet transforme donc l’hospitalité en geste culturel, offrant à Seun Kuti un espace où Lagos rencontre Abidjan.

Et lorsque Seun franchira cette porte, samedi cinq décembre, ce ne sera peut-être pas seulement une chambre qu’il inaugurera.

Ce sera une histoire ancienne, silencieuse et africaine, qui retrouvera soudainement une adresse, une présence et une nouvelle génération.

HARON LESLIE

photo:dr

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