Il y a des avocats qui parlent du droit. Maître Ayssata Coulibaly-Diabi, elle, semble d’abord parler aux hommes.
Son parcours pourrait pourtant se résumer à une série de performances : baccalauréat à 15 ans, DESS à 21 ans, Certificat d’aptitude à la profession d’avocat à 25 ans. Mais ce serait manquer l’essentiel.
Car Ayssata n’est pas seulement une tête bien faite. Elle est une femme construite par une histoire.
Elle se définit d’ailleurs en trois mots : « Je suis une Sénoufo-Baoulé. »
Tout est là.
Deux terres, deux héritages, deux mémoires réunis dans une même personnalité. À Bouaké, où elle grandit, la famille lui apprend très tôt le goût du collectif. Les enfants transforment la maison en théâtre, organisent des concours, dansent, jouent et inventent leur monde.
Puis la vie impose une première épreuve : son père disparaît alors qu’elle n’a que deux mois.
Il lui laisse pourtant une bibliothèque de plus d’un millier de livres.
Il n’a pas pu lui transmettre ses souvenirs ; il lui a transmis de quoi en fabriquer.
Sa mère, elle, lui transmettra autre chose : la force. Le travail. La foi. La résilience.
C’est probablement de cette double transmission que naît son tempérament.
Chez elle, l’intelligence n’a jamais été une permission de mépriser. La réussite n’est jamais devenue une raison de s’éloigner.
Elle choisit le droit parce qu’elle aime défendre, argumenter, comprendre les situations humaines. Sa première plaidoirie est un stress, puis une victoire face à un ancien bâtonnier. Mais elle garde surtout de cet épisode le respect de l’adversaire venu la féliciter.
Voilà peut-être sa conception du droit : gagner sans humilier.
Aujourd’hui, derrière la robe noire, il y a une femme qui lit, médite, prie et écoute. Une femme qui revendique ses racines sans en faire une frontière.
Elle cite sa mère comme modèle, mais aussi Obama, Alassane Ouattara, Oprah Winfrey ou Emma Grede.
Et lorsqu’on lui demande ce qu’est la réussite, elle ne parle ni d’argent ni de prestige.
Elle parle de paix avec sa conscience et d’impact positif sur les autres.
Son plus bel héritage ?
La réputation et l’humanisme.
Deux mots, finalement, pour une même ambition : réussir sans se perdre.
ETHAN GNOGBO
POUVOIRS MAGAZINE

