Révélée au grand public grâce à son rôle de la femme de Kouadio dans la série culte Ma Famille, Amoin Koffi signe son retour sur grand écran avec Anthôman : Pour l’honneur.
Dans ce film réalisé par Jacques Trabi, la comédienne incarne Assié, une mère courageuse au cœur d’une histoire où se croisent tradition, guerre et quête de vérité. Elle revient sur cette expérience, sa rencontre avec le réalisateur et les ambitions d’un long métrage qui entend marquer le cinéma ivoirien.
Vous incarnez Assié dans Anthôman. Qui est-elle et quelle place occupe-t-elle dans le récit ?
Assié est la veuve d’un grand batteur. Elle est surtout la mère de Gooré, un personnage central du récit. C’est une femme forte qui porte l’histoire de sa famille et accompagne le parcours de son fils.
Comment Jacques Trabi vous a-t-il proposé ce rôle ? Qu’est-ce qui l’a convaincu de vous confier ce personnage ?
Je pense que c’est mon statut de conteuse qui l’a convaincu. En tant que conteuse, je suis capable d’apporter spontanément des proverbes et des paroles de sagesse au moment opportun, ce qui correspondait bien au personnage d’Assié.
Depuis quand connaissez-vous Jacques Trabi ? Quelle relation artistique entretenez-vous avec lui ?
Nous nous sommes rencontrés en 2023, le jour où il est venu me remettre le scénario à mon domicile. Anthôman constitue notre toute première collaboration artistique.
Quelle a été votre première réaction après la lecture du scénario ? À quel moment avez-vous compris que ce film était différent ?
J’ai tout de suite aimé le scénario et je m’y suis intéressée.
J’ai compris que ce film était particulier parce qu’il nous ramène à nos sources, à nos traditions, tout en abordant la période de la colonisation.
Que raconte réellement Anthôman selon vous ? Est-ce une histoire de guerre, de justice, de tradition ou d’humanité ?
Pour moi, Anthôman est avant tout une histoire de guerre et de tradition. Le film montre comment ces deux dimensions s’entremêlent pour raconter une histoire profondément humaine.
Le film accorde une place importante aux croyances et aux rites traditionnels. Pensez-vous qu’il réconcilie le cinéma avec une mémoire africaine souvent peu racontée ?
Oui, absolument. Il remet en lumière une partie importante de notre histoire et de notre patrimoine culturel.
Comment décririez-vous Jacques Trabi comme réalisateur ? Qu’est-ce qui le distingue dans sa manière de diriger les acteurs ?
Pour une première collaboration, je l’ai trouvé très sympathique et surtout très bien organisé. Il sait où il veut aller tout en créant un climat de travail agréable.
Sur un tournage, laisse-t-il une grande liberté d’interprétation ou recherche-t-il une précision absolue dans le jeu ?
Il reste ouvert aux propositions des acteurs. Il écoute les idées de chacun tout en gardant le cap sur sa vision du film.
Qu’est-ce qui vous a le plus marquée pendant le tournage ? Une scène, une émotion ou une rencontre ?
Ce qui m’a le plus marquée, c’est la complicité qui régnait entre les acteurs, mais aussi entre les comédiens et toute l’équipe technique. Je garde également un souvenir très fort de la scène où mon fils part pour la France afin de participer à la Seconde Guerre mondiale. C’était un moment particulièrement émouvant.
Vous partagez plusieurs scènes avec Yahi Nestor Gahé. Comment avez-vous découvert l’acteur derrière le danseur ?
J’ai découvert un excellent acteur.
C’est un pari réussi et une très belle surprise.
Selon vous, qu’est-ce que le public retiendra d’Anthôman en sortant de la salle ?
Je pense que le public repartira avec cette conviction que la vérité finit toujours par triompher du mensonge.
Peut-on dire que ce film participe à écrire une nouvelle page du cinéma ivoirien ? Pourquoi ?
Oui, je le pense. Le film se distingue notamment par le rassemblement de plusieurs langues ivoiriennes, ce qui lui donne une identité forte et originale.
Si vous deviez convaincre quelqu’un d’aller voir Anthôman sans raconter l’histoire, que lui diriez-vous ?
Je lui dirais de venir découvrir un nouveau style de film, une œuvre qui met en valeur notre histoire, notre culture et notre identité.
Dans Anthôman, chacun semble jugé avant même que la vérité n’éclate. Pensez-vous que ce film parle finalement davantage de notre société d’aujourd’hui que de l’époque qu’il raconte ?
Oui, parce que cette réalité existe encore aujourd’hui. Le film nous rappelle qu’il ne faut pas juger les personnes trop vite et que la vérité finit toujours par éclater.
Interview réalisée par
ALEX KIPRE
POUVOIRS MAGAZINE

