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Me Abdoulaye Wade a soufflé ses cent bougies ce vendredi 29 mai 2026. Ce patriarche, baptisé le « pape du Sopi », c’est-à-dire du changement en langue wolof, a marqué la vie politique du Sénégal.

D’une part, en tant que leader charismatique de l’opposition. Ce tribun hors pair fonde, en 1974, sous Léopold Sédar Senghor, le Parti démocratique sénégalais (PDS). Il sera un adversaire résolu du président Abdou Diouf. Il connaîtra la prison sous son régime et finira par le vaincre dans les urnes en 2000.

D’autre part, en tant que président de la République du Sénégal durant douze années, soit un septennat et un quinquennat. Ce leader, qui se voulait le chantre de la démocratie, a opéré ce que ses détracteurs ont qualifié de coup d’État constitutionnel en modifiant la Constitution pour briguer, en 2012, un troisième mandat.

Ce parangon supposé sera battu par un transfuge de son parti : Macky Sall, son ancien Premier ministre. Ce dernier rompt les amarres pour créer sa propre formation politique et s’opposer à la dévolution dynastique du pouvoir que Wade souhaitait instaurer au sein du PDS au profit de son fils Karim Wade, surnommé « le ministre du ciel et de la terre ».

Au niveau africain, Me Abdoulaye Wade s’est lancé dans la course aux bénéfices politiques offerts par les médiations internationales, espérant acquérir la reconnaissance mondiale à laquelle il aspirait.

À l’instar de l’icône Nelson Mandela.

Dans la crise militaro-politique ivoirienne, déclenchée après l’accession de Laurent Gbagbo au pouvoir, il choisit son camp : celui des puissances occidentales. Il soutient Alassane Ouattara, dont le parti, le RDR, appartenait à l’Internationale libérale, tout comme le PDS.

Il participe ainsi activement au « Gbagbo-bashing ». « Un Burkinabè subit aujourd’hui en Côte d’Ivoire ce qu’un Noir ne subit pas en Europe », dénonçait-il.

Dans le même temps, soucieux d’apparaître comme le principal leader ouest-africain, il torpille les négociations de Lomé, menées sous les auspices de Gnassingbé Eyadéma et à l’initiative de la CEDEAO, dont il était alors le président en exercice, afin de résoudre la crise ivoirienne. Wade applaudira également la chute de Laurent Gbagbo le 11 avril 2011.

Il en sera de même en Libye. Au déclenchement du mouvement insurrectionnel du « printemps arabe », il prend également position aux côtés de l’Occident. Le 9 juin 2011, il se rend à Benghazi, bastion des insurgés libyens, pour demander à Mouammar Kadhafi de quitter le pouvoir.

« Il ne faut pas rêver de revenir à la tête de la Libye. Ce n’est pas possible », déclarait-il alors.

L’exécution du Guide de la Jamahiriya libyenne semble avoir rencontré son approbation. Mais sans véritable retour de l’ascenseur, il récolte de son vivant ce qu’il n’avait peut-être pas anticipé dans ses prises de position : une reconnaissance internationale bien plus discrète qu’espérée.

F. M. Bally

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

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