En passant à une périodicité quadriennale dès 2028, la CAN change d’ère, entre cohérence sportive, intérêts économiques et ambitions structurelles continentales.
La Confédération africaine de football a officiellement annoncé un changement historique dans l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations.
À partir de 2028, la CAN se disputera désormais tous les quatre ans, abandonnant son rythme biennal historique.
L’annonce a été faite le 20 décembre par Patrice Motsepe, président de la CAF, lors d’une conférence de presse à Rabat.
La CAN 2025 se tient actuellement au Maroc, du 21 décembre au 18 janvier, selon le calendrier initial.
Ce changement aligne la compétition africaine sur les standards internationaux, à l’image de la Coupe du monde et de l’Euro.
Depuis 1957, la CAN se jouait presque systématiquement tous les deux ans, constituant une singularité dans le football mondial.
Selon Patrice Motsepe, cette réforme vise à harmoniser le calendrier africain avec celui du football international.
Cette décision répond à une problématique longtemps dénoncée par les joueurs, clubs et entraîneurs professionnels.
Les internationaux africains étaient régulièrement pénalisés lors des mercatos et des compétitions européennes majeures.
Les clubs, principaux employeurs des joueurs, entraient souvent en conflit avec les sélections nationales africaines.
Sur ce point, la réforme constitue une avancée majeure pour la protection des carrières et des performances sportives.
Moins de compétitions signifie une meilleure récupération physique et une planification sportive plus cohérente.
Cependant, cette décision ne peut être analysée uniquement sous l’angle sportif et humain.
Elle s’inscrit aussi dans une logique économique assumée et désormais pleinement revendiquée par la CAF.
Le football africain entre dans une phase de structuration orientée vers la création de valeur durable.
La réussite de la CAN 2023 organisée en Côte d’Ivoire a servi de révélateur puissant.
Organisation maîtrisée, affluence record, retombées économiques et prestige international ont marqué les esprits.
Cette CAN a démontré qu’un pays africain bien préparé peut transformer l’événement en succès financier et marketing.
Dès lors, espacer la compétition permet d’augmenter la rareté, la valeur commerciale et l’attractivité globale.
Moins fréquente, la CAN devient un produit premium, plus attendu, mieux financé et mieux vendu.
La CAF a également annoncé la création d’une Ligue des Nations africaine à partir de 2028.
Inspirée du modèle européen, cette compétition offrira davantage de matchs compétitifs et de revenus.
Patrice Motsepe promet plus de prize-money, plus de ressources et une intensité sportive accrue.
La CAN 2029 sera avancée à 2028, avant d’entrer définitivement dans le cycle quadriennal.
Les éditions suivantes se tiendront en 2032, 2036, 2040, renforçant la lisibilité du calendrier africain.
Ce choix traduit une vision stratégique visant à repositionner le football africain dans l’économie mondiale du sport.
La CAF semble désormais considérer la CAN comme un levier de développement, d’influence et de souveraineté sportive.
Reste un défi majeur : accompagner cette réforme par des investissements durables dans les infrastructures locales.
Sans cela, la promesse économique risque de profiter davantage aux diffuseurs qu’aux footballs nationaux.
En définitive, cette réforme apparaît nécessaire, ambitieuse et logique dans un football africain en pleine mutation.
Elle impose désormais aux États, fédérations et acteurs privés de penser la CAN comme un projet global.
DESIRE THEA
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
