Dans ce douzième livre paru aux éditions Fayard, Nicolas Sarkozy ne raconte pas une fiction mais une expérience vécue, qu’il revendique avec une franchise déconcertante.
L’ancien président y expose les dix années d’instruction qui ont précédé son procès. Les quatorze semaines passées devant le tribunal correctionnel de Paris. Et surtout, ses vingt-et-un jours d’incarcération à la prison de la Santé. Fidèle à son engagement de « vérité », il affirme n’avoir modifié aucun nom. Assumant que chacun puisse se reconnaître et répondre de son rôle dans ce qu’il décrit comme une épreuve judiciaire hors norme.
L’ouvrage s’ouvre sur le récit de son réveil du 21 octobre 2025. Jour où il apprend qu’il va franchir les murs d’une prison qu’il n’aurait jamais imaginé connaître.
Dès les premières pages, Sarkozy recompose sa chute comme le résultat d’un pouvoir judiciaire devenu, selon lui, un acteur politique autonome. Déterminé à faire plier un homme qu’une partie du système n’a jamais accepté. Il insiste sur un point. Il ne s’est jamais senti menacé pour ses actes, mais pour ce qu’il représente. Une droite assumée, un style combatif, une carrière marquée par l’action – autant d’éléments qu’il présente comme autant de charges retenues contre lui.
La séquence la plus tranchante concerne Emmanuel Macron.
Sarkozy raconte un entretien de deux heures où le président aurait découvert, « stupéfait », l’imminence de son incarcération. L’ancien chef de l’État y voit la preuve d’un pouvoir exécutif hésitant. Impréparé, pris de court par une justice qu’il décrit comme galopante. Il souligne une confusion dans la réaction du chef de l’État, oscillant entre empathie réelle et improvisation politique tardive. Le message est clair : Macron a agi trop peu, trop tard, et sans cohérence.
Plus loin, Sarkozy revendique avoir refusé tout passe-droit, tout transfert de prison, tout privilège potentiel. Pourtant, l’ouvrage montre indirectement qu’une surveillance exceptionnelle a été mise en place. L’ancien président transforme cet épisode en argument politique : ce n’est pas lui qui a demandé un traitement spécifique, mais l’État qui a craint les conséquences d’un ancien président placé sans protection.
Avec ce livre, Sarkozy cherche moins à convaincre qu’à reprendre la main. Il transforme une défaite judiciaire en démonstration politique, se pose en victime d’un système qu’il décrit comme idéologiquement hostile, et en profite pour réaffirmer sa vision du pouvoir, de la loyauté et de l’autorité.
Le Journal d’un prisonnier n’est pas un simple récit d’enfermement. C’est une contre-attaque réfléchie, virulente et destinée à marquer durablement le paysage politique français.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
