Côte d’Ivoire: Trahisons, pirouettes, mensonges… la danse macabre de la classe politique

2 semaines

La scène politique ivoirienne s’est transformée en laboratoire de contradictions tellement flagrantes qu’elles frisent l’absurde.

À force de reniements, pirouettes et conversions opportunistes, certains acteurs ne défendent plus une ligne politique. Mais leur simple survie. Le peuple observe, se lasse, se dégoûte… et se radicalise.

La question n’est plus de savoir si la politique manque de morale.
La question est de savoir combien de morceaux de morale il lui reste. Surtout après avoir subi tant de trahisons, de revirements et de contorsions grotesques.

On peut pardonner l’erreur, accepter l’évolution, comprendre le doute.
Mais ce qui se déroule sous nos yeux n’a rien à voir avec tout ça. ça n’a rien d’une évolution. C’est plutôt une cascade de reniements aussi incohérents que cyniques, qui transforme la scène politique en mauvais théâtre. Et les dirigeants en comédiens d’un drame dont le peuple paie le billet.

Comment peut-on, sérieusement, se dire PDCI le matin, RHDP le soir, et nous expliquer que tout cela est « normal » parce que le RDR vient du PDCI ?
L’argument n’est même plus fragile : il est franchement insultant pour le peuple.
Si la cohérence politique était un examen, certains échoueraient avec une moyenne négative.

Comment peut-on quitter le FPI pour rejoindre le PPA-CI, puis refuser d’en respecter les règles. Comme si l’étiquette n’était qu’un badge décoratif ?
Comment peut-on se cramponner à un parti dont on a été exclu, comme si l’honneur politique consistait désormais à occuper les lieux même après expulsion ?

Le ridicule ne tue pas, dit-on.


Heureusement pour certains.

Et que dire du militant RDR de la première heure, devenu RHDP, qui découvre soudain la « laideur morale » de Ouattara, rejoint mystérieusement ses opposants, puis revient le saluer avec des excuses dans les bras ?
Le va-et-vient idéologique devient presque chorégraphique.
À force, on ne sait plus si on doit rire, compatir ou simplement se résigner.

Et voici, pour couronner le tout, cet homme issu d’une famille viscéralement PDCI, chroniqueur se proclamant « apolitique », qui finit par se présenter sous l’étiquette RHDP tout en jurant être… indépendant.
Il fallait oser.
C’est fait.

À ce stade, ce n’est plus une question de fidélité.
Ce n’est plus même une question de conviction.
C’est une question de respect minimal envers le peuple. Ce peuple à qui l’on demande de croire à ce que même les protagonistes ne semblent plus comprendre.

Le pire, dans cette affaire, n’est pas le virage politique en lui-même.
C’est l’absence totale de gêne, cette facilité avec laquelle on change de ligne, de discours, de camp — sans explication, sans cohérence, sans état d’âme.
Comme si les Ivoiriens étaient condamnés à avaler chaque volte-face avec le sourire.

Mais le peuple n’est pas naïf. Il cohabite ce pays avec les politiques qui pensent être seuls à l’habiter.


Il observe.
Il encaisse beaucoup. Et même trop.
 S’éloigne.
Et lorsqu’un peuple s’éloigne de sa classe politique, la suite est connue : le vide se remplit toujours, mais jamais par le centre.
Le désespoir politise, la colère mobilise, et la mobilisation, lorsqu’elle n’a plus de canaux crédibles, radicalise.
La radicalisation, elle, ne demande qu’une étincelle.

Les incohérences politiques ne sont donc pas de simples anecdotes.
Elles sont les briques d’un mur qui sépare chaque jour un peu plus les dirigeants du peuple.
À force de transhumances et de pirouettes, certains responsables finiront par découvrir que l’usure n’est pas seulement une notion économique : elle s’applique aussi à la confiance, et surtout à ceux qui la méprisent.

La Côte d’Ivoire mérite mieux que cette farce.
Mais pour l’instant, elle doit se contenter d’un spectacle où chacun joue pour lui-même.

AK

photo:dr

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