La Côte d’Ivoire mérite mieux que la frénésie du buzz

2 semaines

Il aura suffi d’un fait divers – deux fillettes égarées plusieurs jours, exposées à des comportements inquiétants – pour que la télévision nationale consacre une heure entière d’antenne à leur récit.

Deux enfants, vulnérables, transformées malgré elles en spectacle. Ce qui interroge n’est pas seulement l’événement lui-même, mais la fascination médiatique pour tout ce qui dérange, perturbe ou choque.

Pendant ce temps, des centaines de jeunes Ivoiriens accomplissent des prouesses ignorées : créateurs de start-up, bacheliers brillants, enfants précoces, concepteurs de robots, génies scolaires, vendeuses d’attiéké qui entreprennent, élèves champions de mathématiques. Des talents qui font la fierté du pays, mais ne font pas « le buzz ».

Un média privé peut s’accrocher aux audiences, courir derrière le sensationnel et s’agripper au chiffre d’audimat : c’est sa logique commerciale, discutable mais compréhensible.


Mais un média d’État, lui, n’a pas cette excuse.

Son cahier de charges lui impose une mission de salut civique, de service public, d’éducation, de construction culturelle, d’élévation morale. Il doit éclairer, former, inspirer, et non amplifier l’écume du sensationnel.

La télévision nationale devrait être le miroir des réussites, des efforts, des innovations, des modèles qui élèvent la société. Elle ne peut pas se laisser entraîner par une quête de visibilité qui éclipse sa raison d’être. Avec une animatrice dépassée (c’est normal) par une histoire sans queue ni tête. Et qui tente de s’accrocher. En direct

La Côte d’Ivoire regorge de talents et d’histoires inspirantes. Pourtant, ce sont les contre-exemples qui accèdent aux plateaux, tandis que les modèles d’avenir restent invisibles.
Dans la course effrénée au buzz, on perd le sens, l’éthique et l’objectif fondamental du service public.

Ce pays mérite qu’on braque les projecteurs sur ce qu’il a de meilleur. Parce qu’on construit une nation en valorisant ce qui élève, et non ce qui détourne, abaisse ou amuse sans instruire.

HARON LESLIE

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

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