Le gouvernement inaugure un centre de formation flambant neuf. Un exploit architectural, certes. Mais l’emploi, lui, reste un mirage national.
Vendredi 3 octobre, le Premier ministre Beugré Mambé a dévoilé un nouveau lycée professionnel au cœur de Yamoussoukro, capitale politique.
Ce lycée fait partie des vitrines du régime, censées refléter une ambition d’éducation adaptée au « marché », ce mot magique.
Mambé brandit la vision présidentielle d’un pays formant des jeunes pour un marché de l’emploi toujours plus invisible et insaisissable.
Il rappelle que depuis 2011, le secteur éducatif a englouti des milliards, mais produit peu d’emplois réels et décents.
Entre 2022 et 2026, dix-sept centres doivent sortir de terre — le béton coule, mais les embauches tardent à suivre.
Le ministre N’Guessan Koffi vante la coopération sino-ivoirienne : sept lycées livrés, dans un silence assourdissant sur leur efficacité concrète.
Celui de Yamoussoukro accueille 500 apprenants, dont 400 en internat, formés dans quatre filières techniques qui peinent à recruter réellement.
Électricité, électronique, mécanique, froid industriel : autant de spécialités souvent reléguées au rang de compétences en jachère.
Les élèves seront formés au CAP et BT, diplômes souvent marginalisés sur un marché qui valorise plutôt les réseaux et les concours.
Le personnel est « qualifié », selon le gouvernement : 21 formateurs formés en Chine, 12 agents, un directeur lui aussi exporté-formé.
Des enseignants délocalisés à Pékin pour revenir transmettre dans des salles souvent déconnectées du tissu industriel ivoirien réel.
Le BNETD présente fièrement les chiffres : 20 hectares, 8 400 m², 18 bâtiments, 16 labos, 12 salles, 3 internats.
Mais derrière l’enthousiasme bétonné, la vraie question demeure : où vont bosser ces jeunes une fois leur diplôme en main ?
Les entreprises privées n’absorbent qu’une minorité, l’administration recrute peu, et l’auto-emploi reste un mot politiquement confortable.
La construction d’infrastructures éducatives est louable, mais leur impact sera nul si le tissu économique ne suit pas derrière.
Faire des centres de formation sans entreprises pour recruter, c’est comme bâtir des routes sans destinations : ça fait joli, ça tourne à vide.
Le système d’apprentissage peine à dialoguer avec le monde réel, où l’expérience pèse plus qu’un CAP flambant neuf.
Le lycée est prêt, climatisé, connecté, sécurisé. Les élèves arrivent. Mais sans débouchés, tout cela restera un décor de République.
Construire pour former, c’est bien. Mais former pour quoi ? Voilà la vraie urgence que ce ruban rouge ne cache plus.
JM AHOUSSY
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

