L’investissement de valeur traverse deux mondes distincts. Il s’essouffle aux États-Unis, mais affiche une vitalité remarquable à l’international.
L’investissement de valeur consiste à acquérir des titres sous-évalués selon plusieurs indicateurs fondamentaux mesurant la rentabilité et la valorisation intrinsèque.
Il repose notamment sur l’analyse de ratios comme cours/bénéfice, cours/valeur comptable ou flux de trésorerie disponibles par action.
Ce style d’investissement cible des sociétés établies, souvent matures, mais présentant un potentiel de revalorisation sur le long terme significatif.
La philosophie repose sur l’idée que le marché corrige les écarts entre valorisation perçue et valeur réelle d’une entreprise cotée.
Pourtant, les performances historiques de ce facteur dépendent fortement des zones géographiques et des contextes macroéconomiques locaux observés.
Depuis 1997, l’investissement de valeur hors des États-Unis a surperformé les indices de référence de manière constante sur plusieurs horizons.
En cumul annuel, la performance atteint +6,2 % à l’international contre -0,3 % pour les actions de valeur américaines décevantes.
Sur un horizon de trois ans, l’écart de rendement reste significatif avec +5,0 % contre -8,5 % aux États-Unis actuellement.
À cinq ans, les actions de valeur hors États-Unis gagnent +5,4 %, tandis que celles américaines reculent de -3,4 % notablement.
À dix ans, les résultats internationaux stagnent à 0 %, alors que les actions américaines chutent de -5,1 %, selon MSCI.
Enfin, depuis fin 1997, le facteur valeur international gagne +2,4 % tandis que le marché américain perd -0,1 % net.
Aux États-Unis, les actions de croissance survalorisées, comme les “Magnificent Seven”, ont dominé les rendements boursiers de cette période.
Ce leadership s’explique en partie par une décennie de taux bas et une inflation modérée favorisant les entreprises technologiques très capitalisées.
Les stratégies value, souvent absentes de ces valeurs stars, n’ont pas capturé la croissance exponentielle des géants du numérique américain.
À l’inverse, l’environnement international a permis aux actions de valeur de mieux performer grâce à des conditions macro favorables et diversifiées.
En Europe et au Japon, la sortie des taux négatifs a profité aux banques, grandes composantes des portefeuilles “value” géographiques.
Ces institutions, valorisées plus faiblement initialement, ont vu leurs marges augmenter avec la remontée modérée des taux post-COVID.
Le potentiel de rattrapage était donc plus important pour ces valeurs étrangères restées longtemps sous-estimées par le marché international.
Dans ces contextes, l’investissement de valeur a démontré sa capacité à surperformer malgré un monde dominé par la croissance rapide.
Cela soulève une question importante : vivons-nous encore dans un monde qui récompense véritablement la création de valeur actionnariale durable ?
Aux États-Unis, le marché semble plébisciter les récits de croissance et d’innovation plus que la solidité fondamentale des entreprises établies.
Pourtant, sur d’autres continents, les actions de valeur témoignent d’un retour progressif en force dans les portefeuilles institutionnels stratégiques.
Les investisseurs avisés devraient considérer le facteur valeur comme un levier potentiel d’optimisation dans leurs allocations internationales globales.
Les actions de valeur sous-performent aux États-Unis, mais surperforment hors de leurs frontières, portées par des dynamiques macroéconomiques favorables.
L’intégration du facteur valeur dans les portefeuilles mondiaux pourrait offrir un équilibre face à la dominance actuelle des valeurs de croissance.
CAMUS BOMISSO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

