12 mois

Les rébellions et les putschs ne préviennent jamais. Ils avancent masqués, dissimulés dans les interstices du système. Et lorsqu’on en prend conscience, il est souvent trop tard.

L’Afrique traverse un cycle de ruptures. La Côte d’Ivoire est-elle immunisée?

Une insurrection ne s’annonce pas. Un coup d’État ne défile pas en uniforme avant de frapper. Il suffit d’un grain de sable dans la machine — et tout se bloque.

Le jour où l’on s’en aperçoit, c’est que le mal est fait.
Trop tard pour corriger. Trop tôt pour oublier.

Le 19 septembre 2002, la Côte d’Ivoire a basculé.
Non par une guerre, mais par une crise politique qui a pris les armes.
Comme toujours.

Partout autour, les signaux s’accumulent :
Au Mali, IBK tombe. En Guinée, Alpha Condé est renversé par ses propres hommes. Au Gabon, ce sont des proches du régime Bongo qui enclenchent la rupture. Pour le Burkina Faso, les anciens protecteurs de Roch Kaboré l’écartent.
Au Niger, même scénario.

Partout, le même mécanisme.

Les prétoriens s’invitent à la table politique.
Sous prétexte d’ordre, ils suspendent le processus démocratique.
Ils veulent « remettre les choses en place »…
Et finissent par les bloquer.

Pourtant, le rôle d’une armée est clair :
Sécuriser. Restaurer l’ordre. Puis se retirer.
L’exercice du pouvoir régalien appartient aux civils. Point.

Un seul chef d’État a respecté ce principe :
Amadou Toumani Touré, au Mali.
Il a rendu le pouvoir, puis est revenu… élu cette fois.
Un cas d’école. Une rareté.

Mais pour le reste, le tableau est sombre.
L’Afrique semble piégée dans un cycle sans fin.
Pas de développement, juste des recommencements.

Les causes se ressemblent. Les discours aussi.
Et les solutions ? Identiques, inefficaces, mimétiques.
Même climat, même végétation, même héritage colonial.
Même impasse.

La contagion est régionale. Presque logique.

Un pays tombe, le voisin vacille.
Une cassure, et tout s’effrite.

Pour l’instant, les États côtiers — Côte d’Ivoire, Ghana, Bénin — tiennent debout.
Mais ils ne sont pas hors de portée.
Leur stabilité repose sur l’économie maritime, les ports, le commerce mondial.
Mais la mer ne protège pas contre la déstabilisation.

Pendant ce temps, les pays de l’hinterland s’inscrivent dans une autre logique.
Beaucoup ont un passé de proximité avec la Russie ou d’hostilité à l’Occident.
Cela oriente leurs alliances, leur posture sécuritaire, leur agenda politique.

Mais l’arrière-plan est le même :
Un climat d’insatisfaction.
Un rejet des élites.
Et une fascination dangereuse pour les ruptures brutales.

La Côte d’Ivoire n’est pas à l’abri.
Penser le contraire serait une erreur stratégique.
Car l’histoire ne prévient pas. Elle frappe.

ETHAN GNOGBO

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

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