À Port-Bouët, un drame d’une rare violence a brisé une famille et bouleversé toute une communauté. Grâce Tra Lou, étudiante en fin de formation à l’INFAS, a été assassinée.

Grâce a trouvé la mort à son domicile des mains de son compagnon de longue date, sous les yeux de leurs deux enfants. Derrière la porte close d’une cour tranquille, c’est toute la douleur d’une tragédie silencieuse qui s’est déversée.
Lundi 8 septembre, dans cette cour partagée de Port-Bouët, dans une chambre modeste d’un rez-de-chaussée, où le sol est encore froid un petit garçon tambourine à la porte d’un oncle. Les mots qu’il crie déchirent le silence :
« Tonton, tonton, allez sauver maman ! Mon papa pique maman avec un couteau ! »
Samuel, 11 ans, est en classe de 4e. Il est alerté par des cris. Puis par des sons sourds. Puis par un liquide chaud, rouge, qui coule partout. C’est sa mère, Grâce Tra Lou, 37 ans, qui hurle, s’accroche, se défend, tombe. Son père, Fabrice Dayoro, 38 ans, tient un couteau flambant neuf, acheté quelques heures plus tôt. Il frappe. Encore. Et encore. Le cou. La poitrine. Le ventre.
À côté, la petite sœur de Samuel, 6 ans, sanglote. Elle supplie. Samuel aussi :
« Papa, pardon, il faut pas tuer maman ! »
Mais le père, les yeux perdus, dit seulement :
« Y’a pas pitié dedans. »
Comme possédé. Comme si les paroles d’une chanson de Himra résonnaient dans son crâne plus fort que les cris de ses propres enfants.
Une fin de parcours, un début d’horreur
Grâce Tra Lou était en fin de 2e année à l’INFAS. Affectée au CHU de Treichville, elle avait commencé son stage pratique. Tout le monde en disait du bien. Silencieuse, polie, discrète. Boulot, église, maison. Aucune histoire, aucune plainte.
Mais depuis plusieurs jours, l’ombre de Fabrice planait. Il s’était rendu à l’hôpital, la semaine précédent l’homocide, un pistolet à la ceinture, pour menacer Grâce. Fabrice criait à la trahison. Il l’accusait de le tromper. Eux qui vivaient ensemble depuis 12 ans, parents de deux enfants, avaient traversé des tempêtes. Mais ce jour-là, l’ouragan était dans son cœur.
Lui, ancien pompier civil à l’ASECNA, aujourd’hui employé à la tour de contrôle de l’aéroport, semblait ne plus tenir. Il lui arrivait très rarement de boire. Parfois de consommer des substances illicites, murmure-t-on dans la cour. Il s’isolait. Il était méconnaissable.
Un crime prémédité ?
Le couteau, il l’a acheté exprès. Neuf. Impeccable. Froid. Il l’a choisi. A attendu. A frappé.
Après le meurtre, il ne fuit pas. Il s’auto-blesse légèrement au bras à la cuisse. Puis sort, va jusqu’au commissariat de Port-Bouët. « On veut me tuer », dira-t-il aux policiers. Avant de lâcher :
« Je veux mourir. »
Les agents constatent : il est couvert du sang de sa femme. Ils le transportent à l’hôpital général, puis à la clinique Fara. Pendant ce temps, le corps de Grâce git toujours à la maison. Le sang s’est infiltré dans les interstices du carrelage, formant des filets sombres comme autant de souvenirs indélébiles.
Le drame d’un enfant, la fin d’un monde
Samuel ne parle plus. Sa petite sœur non plus. La nuit qui suit, ils poussent des cris d’effroi, réveillant toute la cour. Leur mère est morte. Leur père est un meurtrier. La maison est un tombeau.
Samuel est un enfant brillant, disait la directrice de l’école située en face, elle-même ancienne institutrice de Grâce. Le choc est indescriptible. Il a vu. A supplié. Il n’a pas été entendu. À 11 ans, il a assisté à la fin du monde.
Au moment où nous mettons sous presse, Fabrice Dayoro vient d’être déféré au Pôle Pénitencier d’Abidjan (Ppa) ex Maca. Apprend-on.
ETHAN GNOGBO & FATEM CAMARA (stagiaire)
photos:dr
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