𝗟đ—Č𝘁𝘁𝗿đ—Č đ—Œđ˜‚đ˜ƒđ—Č𝗿𝘁đ—Č Ă  Monsieur Jean François Kouassi, candidat Ă  l’élection prĂ©sidentielle d’octobre 2025

4 mois

« Ce que vous donnez Ă  constater de vous ne rassure pas la jeunesse ivoirienne
 »

Cher Jean François Kouassi,

Ces mots, qui arrivent sous vos yeux comme un repas qu’on sert, sont bien loin de vous demander : comment vous sentez-vous aprĂšs votre passage du jeudi 28 aoĂ»t 2025 sur NCI, Ă  cette Ă©mission dĂ©sormais entrĂ©e dans nos foyers : La Quotidienne Info. Je prĂ©fĂšre vous laisser seul face Ă  cette question, pour que vous y rĂ©pondiez en toute sincĂ©ritĂ©.

AprĂšs ce temps d’antenne, sans doute comme les autres jeunes du pays, dans mon gĂźte, je me suis interrogĂ©. Je me suis interrogĂ© sur ce que vous donnez Ă  voir de vous, surtout en prĂ©tendant ĂȘtre le candidat de la jeunesse ivoirienne, slogan que vous rĂ©pĂ©tez sur tous les toits depuis un moment.

J’ai alors pensĂ© qu’il Ă©tait opportun de vous partager, humblement, mon regard sur le profil que vous avez dĂ©clinĂ©, et qui, Ă  mes yeux, est dĂ©sormais clair.

Cher Jean François Kouassi, sachez que je ne suis pas contre votre candidature Ă  l’élection prĂ©sidentielle d’octobre 2025. Bien au contraire. Votre dĂ©cision de vous lancer est louable, car elle tĂ©moigne d’une volontĂ© de « chercher un vent frais ». Et qui donc, aujourd’hui, ne cherche pas ce vent, sur une terre grandement frappĂ©e par la misĂšre ?

Chacun, à sa maniÚre, fait feu de tout bois pour se réaliser et offrir à sa famille le nécessaire au quotidien.

Seulement, ce qui me gĂȘne dans cette dynamique, c’est l’appellation que vous vous ĂȘtes attribuĂ©e : « candidat de la jeunesse ». Ce que vous montrez de vous ne rassure pas cette jeunesse que vous prĂ©tendez incarner. Comment voulez-vous que nous, jeunes Ivoiriens et Ivoiriennes, vous suivions si, dĂšs les prĂ©mices de votre candidature, vous ne nous honorez pas ?

Non, Monsieur Kouassi, vous n’ĂȘtes pas le candidat de la jeunesse ivoirienne, car nous ne vous avons pas assignĂ© cette mission. Ce n’est donc ni juste, ni honnĂȘte de vous en rĂ©clamer l’étiquette. Il aurait Ă©tĂ© plus juste de dire : « Je suis le plus jeune candidat. J’ai besoin du soutien de mes jeunes compatriotes. » Cela aurait Ă©tĂ© comprĂ©hensible. Et libre ensuite Ă  nous de vous approuver ou non, selon vos idĂ©es et vos actes.

Il vous faut donc, s’il vous plaĂźt, cesser de vous faire appeler « le candidat des jeunes ». Si vous voulez rĂ©ellement porter la voix de cette frange de la population Ă  laquelle j’appartiens, alors venez nous chercher au fond, Ă  tous les niveaux. Permettez que l’on se reconnaisse non pas en vous, mais avec vous. C’est cela que nous attendions lors de votre passage tĂ©lĂ©visĂ© (et que nous attendons encore, chaque jour). Vous n’ĂȘtes pas sans savoir que de nombreux jeunes Ivoiriens sont aujourd’hui trop lucides pour avaler les discours de façade, proches d’une mise en scĂšne. Un proverbe dit : « Prenez-vous au sĂ©rieux pour pousser les autres Ă  faire de mĂȘme. »

Ce passage tĂ©lĂ©visĂ© Ă©tait, je crois, une occasion en or de vous faire entendre et comprendre par cette jeunesse dont vous convoitez les suffrages. Il fallait peser vos mots, vos idĂ©es, vos arguments. Mais ce que vous nous avez donnĂ© Ă  voir, c’est un discours plat, creux, vide de sens.

De quoi sérieusement douter de votre crédibilité.

Si vous n’étiez pas assez prĂ©parĂ© pour cet exercice, pourquoi ne pas avoir envoyĂ© un Ă©missaire ? Ce soir-lĂ , vous avez dangereusement jouĂ© avec votre destin de candidat en quĂȘte de voix. Vous le savez peut-ĂȘtre : en politique, n’entre pas qui veut, mais qui peut. Je vous invite, en passant, Ă  lire (ou relire) Le Prince. Un candidat sĂ©rieux Ă  une Ă©lection prĂ©sidentielle est celui qui sait s’entourer de sachants Ă  tous les niveaux pour l’aider Ă  atteindre ses objectifs. Il y a des personnes pour cela.

Dans l’un de ses discours, Thomas Sankara disait : « Je suis un Africain. Rien de ce qui nous concerne ne m’est Ă©tranger. » Pour vous paraphraser, si vous vous dites candidat de la jeunesse, rien de ce qui concerne cette jeunesse ne devrait vous ĂȘtre Ă©tranger. C’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  que vous avez Ă©tĂ© fade.

Il faut d’abord que vous soyez convaincu de ce que vous voulez faire, pour mieux convaincre ceux que cela concerne. Vous semblez avoir quelques idĂ©es de changement. Mais il semble aussi que vous ne sachiez pas les exprimer, encore moins les vendre. Heureusement, il vous reste encore des jours pour corriger ces imperfections, que les jeunes Ivoiriens ont bel et bien notĂ©es. Si vous les voulez encore Ă  votre cause, inutile qu’ils vous le disent explicitement : vous devez absolument vous rĂ©ajuster.

En attendant, ils vous observent. Et la Cîte d’Ivoire aussi.

Dans l’espoir sincĂšre de vous voir aller plus loin dans cette aventure, je vous prie d’agrĂ©er, mon cher Jean François Kouassi, l’expression de mes salutations distinguĂ©es.

Boris Anselme Takoué
Écrivain

photo:dr

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