En cette Journée mondiale de la jeunesse, l’Afrique, jeune à 80 %, ne fête rien. En Côte d’Ivoire, les jeunes regardent leur propre pays comme des étrangers, perdus entre trahisons politiques, promesses vides et violences inexpliquées.
Aujourd’hui, 12 août, c’est la Journée mondiale de la jeunesse. Et pourtant, les jeunes Ivoiriens n’ont rien à célébrer.
Ils regardent le pays comme on regarde une maison en feu où personne ne veut appeler les pompiers.
On leur dit qu’ils sont l’avenir, mais ils vivent dans un présent qui ressemble à une fin.
On leur promet de l’argent, des millions.
Depuis des années, la Journée mondiale de la jeunesse ressemble à un rituel vidé de sens. On y aligne des discours, des ateliers, quelques photos symboliques. Pourtant, dans la réalité, rien ne change. Ce jour censé célébrer, écouter et défendre les jeunes devient une simple case à cocher sur un calendrier. Les promesses faites ce jour-là ne survivent pas au lendemain. Année après année, on dit aux jeunes qu’ils sont importants, mais on oublie de leur prouver. Voilà en quoi ça consiste trop souvent : à ne pas respecter la parole donnée, à maquiller l’inaction sous des slogans creux
Ils sont 80 % à avoir moins de 20 ans.
Mais quand ils parlent, personne n’écoute vraiment.
Quand ils crient, on dit qu’ils exagèrent.
Quand ils se battent pour survivre, on les appelle « violents ».
Les jeunes Ivoiriens ne demandent pas qu’on les flatte.
Ils veulent comprendre pourquoi la barbarie est devenue normale.
Pourquoi la violence est toujours suivie d’un silence officiel.
Pourquoi les grandes personnes, les politiciens, les décideurs,
justifient toujours la brutalité avec des mots savants, des « contextes », des « enjeux », des « équilibres ».
Ils ont vu Thiam, Bédié, Affi, Gbagbo, Ouattara.
Les voir s’accuser mutuellement, se contredire, mentir sans trembler.
La politique, pour eux, n’est plus une idée, c’est un théâtre d’ombres.
Les jeunes déduisent l’abominable de la politique, comme une vérité crue.
Et dans les quartiers, on résume ça avec une phrase brutale, une sentence lapidaire :
« On fait rien avec ça. »
Être brillant ? Comprendre l’Histoire ? Faire preuve de rigueur morale ?
On fait rien avec ça.
Parce qu’il faut se débrouiller. Qu’il faut survivre.
Parce que dans un pays où les institutions mentent,
la lucidité devient un fardeau.
Aujourd’hui, on leur demande de « comprendre » la violence.
Mais expliquer la barbarie, ce n’est pas éclairer le monde.
On ne justifie pas la barbarie. On l’affronte. Et on l’arrête. On la nomme.
Les jeunes veulent qu’on cesse de leur demander de pardonner ce qu’ils n’ont jamais choisi.
Ils veulent être jeunes. Libres. Vivants.
Et non pas simplement survivants d’un système trop vieux pour les contenir,
trop hypocrite pour les comprendre.
En ce 12 août, Journée mondiale de la jeunesse,
le plus beau cadeau qu’on pourrait leur faire,
c’est d’arrêter de leur mentir.
ETHAN GNOGBO
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE

