20 ans de prison: un écho ivoirien

9 mois

Condamné à vingt ans de prison pour « propos xénophobes » et « complicité de meurtre », l’opposant tchadien Succès Masra illustre ce que redoute la Côte d’Ivoire : des dissensions politiques aseptisées par la répression.

Entre accusations graves et absence de transparence judiciaire, ce procès jette un sombre reflet sur ce que pourrait devenir notre propre paysage électoral.

Le 9 août, le Tchad frappe fort : vingt années de prison ferme pour son ancien Premier ministre et opposant charismatique.
Le tribunal de N’Djamena le condamne pour incitation à la haine et assassinat, dans le cadre meurtrier de Mandakao.
Quarante-deux morts, majoritairement femmes et enfants, soulignent la gravité des accusations portées contre Succès Masra.
La défense crie à l’« humiliation » : dossier vide, absence de preuves tangibles, arbitraire dénoncé.


Au-delà de l’homme, c’est le dogme judiciaire qui est jugé : la justice devient instrument politique.
Le verdict s’accompagne d’un milliard de francs CFA d’amende — un coup dur pour un leader populaire.


Cette sentence crie plus fort que les mots : dissidence rime avec danger.


À Abidjan, l’écho est inquiétant l’opposition. Plusieurs candidats d’opposition exclus pour des motifs identitaires douteux. 
Thiam, Gbagbo, Soro interdits de course électorale — le terrain est livré au président sortant.


Des protestations grondent dans les rues d’Abidjan, au cœur des quartiers populaires malgré la pluie battante
L’« ivoirité », cette épée de Damoclès, ravive les peurs enfouies dans les mémoires de la guerre civile.
Quatre figures historiques de l’opposition exclues :
Dans l’arène politique, l’exclusion règne. Les urnes ne suffisent plus. La légitimité vacille.


La Côte d’Ivoire regarde le Tchad. Et se demande : jusqu’où ira la normalisation des conflits ?
Quand l’État sourit des dissidents qui deviennent amusants, il sculpte la peur. « Thiam a fui », « Bredoumy a fui ». On creuse la désespérance.
À défaut d’élections inclusives, que reste-t‑il ? Une démocratie chancelante.
Un avertissement africain pour une nation qui se rêve exemplaire.

ETHAN GNOGBO

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

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