A street preacher reads the Bible aloud on April 9, 2012 in Lilongwe. Malawi's new President Joyce Band, who was sworn in on April 7, 2012 just hours after officials confirmed the death two days earlier of President Bingu wa Mutharika, has fired the nation's police chief and hired a new one. AFP PHOTO / AMOS GUMULIRA

Côte d’Ivoire: on cherche prophète

1 an

Le véritable prophète ne se proclame pas, il s’offre. Il vit pour les autres. Il se sacrifie sans réclamer privilèges, honneurs ou faste. Il parle peu, agit dans le silence, porte le poids des autres.

Dans le Coran, la bible et la vraie vie certains l’ont fait pour nous.

Aujourd’hui, partout en Côte d’Ivoire, tout le monde veut être prophète. Mais ce n’est plus pour servir : c’est pour être servi. On cherche voitures, titres, foules et enveloppes. Ce ne sont plus des messagers, mais des spectacles. On ne prophétise pas : on exhibe.

On ne s’entraîne pas à prophétiser, c’est un appel. Et dans les heures sombres, quand vient l’épreuve… le silence. Tous ces prophètes se dissiperont comme la fumée.

Ceux qui se taisent… parlent en chiffres

Pendant ce temps-là, le Président Ouattara renouvelle « 100 millions » par an depuis 15 ans : 1,5 milliard de francs CFA distribués. Pendant ce temps, l’antivaleur devient la norme et la parole sacrée n’est plus qu’un masque. Personne ne se lève, tout le monde se couche face à l’argent.

Selon le recensement de 2021, l’islam représente 42,5 % de la population, le christianisme 39,8 %, l’animisme 2‑3 %, et 12‑13 % se déclarent sans religion

Le nombre de « prophètes » ou « pasteurs » autoproclamés explose, notamment à Abidjan ou Yopougon, foie d’un phénomène religieux non régulé.

Pourtant, la plupart de ces leaders religieux sont aujourd’hui dépendants des régimes politiques. Occupant commissions et institutions étatiques, perdant ainsi toute indépendance, au détriment des intérêts de leurs communautés

Figures d’autrefois vs silence contemporain

Dans l’Histoire, lorsqu’il y avait oppression ou colonisation, des voix se faisaient entendre. On peut critiquer Houphouët-Boigny, mais il était une figure consentante, visionnaire, et laïque. Il incarnait un certain idéal national.

Aujourd’hui, une partie du peuple attend des figures comme Thiam. Mais son exil et ses dernières interventions n’ont pas comblé l’attente. Une autre partie n’attend pas Don Mello, ni Gbagbo, ni Billon.  Qui donc prendra la parole véritable ?

Les évêques ont rédigé une lettre de près de 50 pages. Mais qui l’a lue ? Qui a relu, commenté, agi ? Les intellectuels se taisent. Les leaders moraux sont absents.

Le salut face à la violence de tous les camps (Fpi, Ppa Ci, Pdci)  ne viendra pas de ceux qui exigent qu’on les serve. Il viendra de ceux qui acceptent de se vider pour servir. De ceux qui ne cherchent pas à faire carrière mais à élever une nation. Au Rhdp l’après Ouattara ressemblera à ce que se passe dans les autres partis.

Il est temps de s’interroger :

  • Qui a la force d’incarner un véritable idéal prophétique ?
  • Qui est prêt à renoncer à ses privilèges pour porter la voix des sans voix ?
  • Qui peut refuser les compromis et les kabilisations du religieux ?

Une société biberonnée aux privilèges, aux symboles religieux, aux communautés florissantes… mais minée par le silence moral. Chaque confession grandit en nombre – islam, christianisme, animisme ou non-croyance – mais très peu de messagers sont dignes de cette foi.

ETHAN GNOGBO

photo:dr

POUVOIRS MAGAZINE

 

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