Il aurait eu 87 ans aujourd’hui, s’il n’avait pas été tragiquement assassiné dans des circonstances encore troubles et inexpliquées.
Né le 28 juillet 1938 à Korhogo, au nord de la Côte d’Ivoire, il fut une grande figure politique.
Docteur d’État en sciences vétérinaires, il mena un parcours universitaire brillant, notamment à Giesen, en Allemagne, dès les années 1960.
Il commence sa scolarité à l’école coranique, avant de rejoindre l’école primaire publique, puis le Cours Normal de Bouaké.
À Paris, il obtient un baccalauréat de mathématiques, avant d’entamer ses études vétérinaires en Allemagne, à l’université Justus Liebig.
De retour au pays, il exerce comme chef d’inspection vétérinaire à Odienné, Séguéla, puis Touba entre 1973 et 1974.
Il devient ensuite un proche de Félix Houphouët-Boigny, dont il partage les idéaux et l’engagement pour l’éducation nationale.
Ministre de l’Éducation nationale, puis ministre de l’Enseignement supérieur, il occupe plusieurs portefeuilles durant les années 1980.
C’est un fervent adepte d’Houphouët-Boigny, auquel il est resté fidèle jusqu’à sa disgrâce politique en 1989.
Sa carrière politique redémarre après le coup d’État du général Robert Guéi, dont il devient un proche conseiller.
Il fuit la Côte d’Ivoire en octobre 2000, après avoir échappé de justesse à des violences politiques post-électorales.
Il obtient le statut de réfugié politique au Burkina Faso, où il s’installe à Ouagadougou dès mars 2001.
L’État burkinabè lui accorde une villa officielle, une sécurité permanente, et l’accueille dans la Zone du Bois.
En mai 2002, on le nomme secrétaire général de l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire.
Ce parti, est celui de Robert Guéi, compte alors parmi les principales formations politiques de l’opposition ivoirienne.
Le 1er août 2002, un mois avant le déclenchement de la guerre civile, Balla Kéita est retrouvé assassiné chez lui.
Il a été poignardé dans sa villa, un meurtre qui choque l’opinion publique et trouble les cercles politiques africains.
On retrouve une note manuscrite semblant évoquer une vengeance passionnelle liée à une femme proche de la victime.
Cependant, l’enquête s’oriente rapidement vers l’hypothèse d’un crime politique maquillé en affaire sentimentale complexe.
Balla Kéita laisse derrière lui une famille que marque la douleur : son épouse, Marie-Thérèse Bocoum, et ses proches.
Il était le frère d’Abou et d’Awa, et gendre d’Amadou Bocoum, compagnon de lutte du président Houphouët-Boigny.
Son parcours, fait de l’intelligence, l’engagement, et la tragédie, demeure un témoignage fort de l’histoire ivoirienne contemporaine.
JULIEN BOUABRE
photo:dr
POUVOIRS MAGAZINE
